Xenia Fedorova est à l'étranger, la justice rejette son recours contre son expulsion
Le tribunal administratif de Paris a rejeté lundi un recours en référé-liberté de la chroniqueuse russe pro-Kremlin Xenia Fedorova contre son expulsion, faute d'avoir démontré une "extrême urgence", mais son avocat a précisé qu'elle se trouvait déjà à l'étranger et qu'elle ne comptait revenir en France que si cette mesure d'expulsion était suspendue.
"Ma cliente était déjà à l'étranger, en vacances, lorsqu'elle a été informée des mesures prises à son encontre. Elle n'envisage de revenir en France que lorsque l'arrêté d'expulsion aura été suspendu ou annulé", a affirmé Me Emmanuel Piwnica dans un communiqué transmis à l'AFP.
Lundi, le tribunal administratif a souligné de fait que Xenia Fedorova, assignée théoriquement à résidence depuis mercredi, n'a exposé "aucun besoin de sortir du territoire parisien", "sollicité aucune autorisation auprès du préfet de police" et s'est limitée "à indiquer, sans aucune précision, que l'obligation de pointage lui cause une gêne".
En conséquence, "le juge des référés a estimé que la condition d'extrême urgence ne pouvait être retenue".
Accusée d'être "un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes" pour "déstabiliser l'ordre public" en France, la chroniqueuse, qui intervient principalement sur CNews, Europe 1 et dans l'hebdomadaire le JDNews, a fait l'objet la semaine dernière d'arrêtés d'expulsion et de gel de ses avoirs.
"Pour obtenir la suspension de l'exécution de ces décisions, Xenia Fedorova, qui avait le choix entre la procédure du référé suspension, subordonnée à la démonstration d'une urgence, et celle du référé liberté, subordonnée à la démonstration d'une extrême urgence justifiant des mesures dans les quarante-huit heures, a décidé d'introduire cette dernière action", relèvent les magistrats, selon un communiqué du tribunal.
Or, cette procédure "ne pouvait pas se limiter à invoquer des présomptions qui ne s'appliquent pas à sa situation, mais devait faire état des graves incidences personnelles résultant pour elle des décisions contestées, ce qu'elle ne (fait) pas dans sa requête", poursuivent-ils.
L'avocat de la chroniqueuse, âgée de 45 ans, a fait part de son "très grand regret": Xenia Federova "entend contester cette décision ou entreprendre toute action utile à la défense de ses intérêts", a précisé Me Piwnica.
La place grandissante de Xenia Fedorova dans les médias du milliardaire conservateur Vincent Bolloré avait fait naître des craintes de manipulation du débat public, notamment lors de la campagne pour l'élection présidentielle en 2027.
Pour justifier son arrêté d'expulsion, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez avait notamment pointé "de nombreux propos qu'elle a pu tenir et qui systématiquement reprennent la propagande du Kremlin sur l'engagement de la France" et sur "les motivations de l'agression russe en Ukraine" .
Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, l'avait par ailleurs décrite comme une "agente d'influence".
Le gel de ses avoirs vise à prévenir la commission de "nouveaux actes d'ingérence", avait expliqué le ministère de l'Économie.
"Mon comportement (...) consiste à vivre en France depuis près de dix ans dans le respect de la loi, à payer mes impôts, mais aussi à avoir une opinion et à l'exprimer dans le cadre de mon travail de journaliste", s'était défendue sur X l'ancienne patronne de la chaîne d'État russe RT en France, dont l'antenne a été interdite dans l'Union européenne depuis mars 2022 et l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
Ses actuels employeurs, Canal+ et Lagardère, ont pour leur part dénoncé "une atteinte particulièrement grave à la liberté d'expression".
La décision du gouvernement a provoqué des dissensions à l'extrême droite: si le député RN Thomas Ménagé a estimé qu'"elle ne devait pas rester sur le sol français", l'eurodéputé lepéniste Thierry Mariani a au contraire déploré une décision gouvernementale "qui va peut-être enfin réussir à faire taire l'une des rares voix dissonantes dans la presse française qui ne répétait pas le récit officiel autorisé sur le conflit en Ukraine".
Xenia Fedorova a déjà été interdite de territoire en Allemagne, où elle a vécu.
Le tribunal administratif a rappelé que le rejet de son recours "ne fait obstacle ni à ce que Mme Fedorova saisisse à nouveau le juge des référés libertés en explicitant les circonstances particulières de sa situation (...), ni à ce qu'elle saisisse le juge des référés suspension".
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