Après Ceuta, Von der Leyen veut une "réponse européenne commune" pour "renforcer les frontières"
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a appelé lundi à trouver une "réponse européenne commune", après l'afflux illégal et inédit de dizaines de milliers de personnes à Ceuta, enclave espagnole en Afrique du Nord, au cours duquel au moins 72 migrants ont perdu la vie côté espagnol et au moins 11 côté marocain.
L'arrivée en masse de ces jeunes jeudi et vendredi a déclenché une crise diplomatique entre l'Espagne et certains de ses partenaires européens les plus critiques de sa politique migratoire, en particulier l'Italie de la cheffe de gouvernement d'extrême droite Giorgia Meloni.
L'Italie ou le Danemark ont appelé à suspendre l'Espagne de l'espace Schengen, même si la ville autonome de Ceuta n'appartient pas par dérogation à cet espace de libre circulation.
Ces positions politiques ont suscité la colère de Madrid, qui a réclamé l'organisation d'une réunion entre ministres de l'Intérieur de l'Union européenne. Cet échange, par visioconférence, doit avoir lieu mardi.
L'épisode de Ceuta "montre clairement que nous devons aller plus loin pour renforcer nos frontières aux points les plus sensibles", a écrit lundi Mme Von der Leyen, dans une lettre adressée au Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sanchez et consultée par l'AFP.
Parmi les pistes évoquées: "une surveillance accrue et, lorsque cela est nécessaire, l'utilisation de barrières physiques".
La cheffe de l'exécutif européen souligne toutefois que "la protection de l'ensemble de nos frontières extérieures constitue une responsabilité européenne partagée".
Selon Madrid, la "quasi-totalité" des quelque 60.000 personnes ayant franchi illégalement la frontière - surtout des jeunes Marocains - ont depuis été renvoyées au Maroc. Mais près d'un millier de mineurs sont restés dans l'enclave, selon l'ONG Save the Children.
L'AFP avait rencontré ce weekend dans une zone industrielle désaffectée de Ceuta des centaines de mineurs isolés dormant en plein air et qui espèrent encore pouvoir rejoindre l'Europe continentale.
"Tous les mineurs ici sont (venus pour) aller en Espagne", a dit à l'AFP Aziz Dabch, l'un des rares adultes présents au sein de la foule massée à l'ombre des entrepôts.
Certains de ceux qui ont franchi la frontière de l'enclave ont déclaré qu'ils avaient entendu dire qu'elle était ouverte, une rumeur rapidement amplifiée sur les réseaux sociaux. L'Espagne a mis en cause "les mafias de trafiquants d'êtres humains".
Au Maroc, les autorités ont mis longtemps à s'exprimer sur ce soudain afflux décrit par le gouvernement autonome de Ceuta comme le pire jamais vu dans l'enclave, et dont le bilan humain ne cesse de s'aggraver.
Le ministère marocain de l'Intérieur a finalement donné dimanche soir un premier bilan, estimant que 11 personnes avaient perdu la vie en tentant de rejoindre Ceuta.
Il s'agit bien de corps récupérés du côté marocain, auxquels il faut ajouter un bilan officiel côté espagnol de 72 morts, pour un total d'au moins 83 morts.
Beaucoup de ces migrants décédés se sont noyés et, compte tenu des délais de recherches, le bilan pourrait donc augmenter encore.
L'Association marocaine des droits humains (AMDH) a elle fait état de "près de 130 victimes" et de dizaines de disparus. Elle avait appelé samedi à l'ouverture d'une enquête indépendante sur les causes de cet afflux entre la ville marocaine de Fnideq et l'enclave espagnole.
L'Association a en particulier condamné "le silence inquiétant des responsables et des institutions" du pays, en estimant que ce mutisme a contribué à l'afflux.
Une source proche du milieu associatif a déclaré à l'AFP que "la façon dont les choses se sont passées" laissait penser que ces arrivées massives à la frontière n'avaient pas pu se produire sans l'"accord des autorités" marocaines.
Une façon pour le royaume chérifien de faire pression sur l'actuel gouvernement espagnol ?
En tout cas, en faisant du contrôle des flux migratoires une "question centrale", les États européens permettent aux pays voisins de disposer d’un moyen de pression considérable, a souligné lundi, dans un entretien à l'AFP, Matthieu Tardis, chercheur spécialiste des migrations européennes.
"L'instrumentalisation des migrations n'est pas nouvelle et tend à se multiplier avec l'externalisation" du traitement des flux migratoires de l'Europe à des pays tiers, a-t-il expliqué, en citant des exemples récents entre la Grèce et la Turquie, ou entre la Pologne et le Bélarus.
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