France

La justice administrative rejette un recours de Xenia Fedorova contre son expulsion

Published on Agosto 3, 2026 at 11:53

La chroniqueuse pro-russe Xenia Fedorova à Paris le 12 avril 2025 — Xavier GALIANA / AFP
La chroniqueuse pro-russe Xenia Fedorova à Paris le 12 avril 2025 — Xavier GALIANA / AFP

Le tribunal administratif de Paris a rejeté lundi un recours en référé-liberté de la chroniqueuse russe pro-Kremlin Xenia Fedorova contre son expulsion du territoire et le gel de ses avoirs, faute d'avoir démontré une "extrême urgence".

Xenia Fedorova, assignée depuis mercredi à résidence, n'a exposé "aucun besoin de sortir du territoire parisien", "sollicité aucune autorisation auprès du préfet de police" et s'est limitée "à indiquer, sans aucune précision, que l'obligation de pointage lui cause une gêne", a indiqué le tribunal dans un communiqué. En conséquence, "le juge des référés a estimé que la condition d'extrême urgence ne pouvait être retenue".

Accusée d'être "un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes" pour "déstabiliser l'ordre public" en France, la chroniqueuse, qui intervient principalement sur CNews, Europe 1 et dans l'hebdomadaire le JDNews, a fait l'objet la semaine dernière d'arrêtés d'expulsion et de gel de ses avoirs.

"Pour obtenir la suspension de l'exécution de ces décisions, Xenia Fedorova, qui avait le choix entre la procédure du référé suspension, subordonnée à la démonstration d'une urgence, et celle du référé liberté, subordonnée à la démonstration d'une extrême urgence justifiant des mesures dans les quarante-huit heures, a décidé d'introduire cette dernière action", relèvent les magistrats.

Or, cette procédure "ne pouvait pas se limiter à invoquer des présomptions qui ne s'appliquent pas à sa situation, mais devait faire état des graves incidences personnelles résultant pour elle des décisions contestées, ce qu'elle ne (fait) pas dans sa requête", poursuivent-ils.

L'avocat de la chroniqueuse, Emmanuel Piwnica, a fait part auprès de l'AFP de son "très grand regret", affirmant "poursuivre pour contester les décisions".

La place grandissante de Xenia Fedorova dans les médias du milliardaire conservateur Vincent Bolloré avait fait naître des craintes de manipulation du débat public, notamment lors de la campagne pour l'élection présidentielle en 2027.

Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez avait notamment pointé "de nombreux propos qu'elle a pu tenir et qui systématiquement reprennent la propagande du Kremlin sur l'engagement de la France, sur ce qui se passe en Ukraine, sur les raisons, les motivations de l'agression russe en Ukraine" pour justifier son arrêté d'expulsion.

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait par ailleurs décrit la citoyenne russe comme une "agente d'influence".

Le gel de ses avoirs vise ainsi à prévenir la commission de "nouveaux actes d'ingérence", avait encore expliqué le ministère de l'Économie et des Finances, en empêchant la mise à disposition ou l'utilisation "de fonds ou ressources économiques au profit de cette personne et des personnes morales ou de toutes autres entités qu'elle contrôle, détient ou qui agissent sciemment pour son compte".

"Mon comportement (...) consiste à vivre en France depuis près de dix ans dans le respect de la loi, à payer mes impôts, mais aussi à avoir une opinion et à l'exprimer dans le cadre de mon travail de journaliste", s'était défendue sur X l'ancienne patronne de la chaîne d'État russe RT en France, dont l'antenne a été interdite dans l'Union européenne depuis mars 2022 et l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Les actuels employeurs de la mise en cause, Canal+ et Lagardère, avaient pour leur part dénoncé ce qu'ils considéraient constituer "une atteinte particulièrement grave à la liberté d'expression".

La décision du gouvernement a provoqué des dissensions à l'extrême droite: si le député RN Thomas Ménagé a estimé qu'"elle ne devait pas rester sur le sol français", l'eurodéputé lepéniste Thierry Mariani a au contraire déploré une décision gouvernementale "qui va peut-être enfin réussir à faire taire l'une des rares voix dissonantes dans la presse française qui ne répétait pas le récit officiel autorisé sur le conflit en Ukraine".

Xenia Fedorova, 45 ans, a déjà été interdite de territoire en Allemagne, où elle a vécu.

Le tribunal administratif a rappelé que le rejet de son recours "ne fait obstacle ni à ce que Mme Fedorova saisisse à nouveau le juge des référés libertés en explicitant les circonstances particulières de sa situation (...), ni à ce qu'elle saisisse le juge des référés suspension".

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