En Syrie, Guterres réclame une aide internationale et le respect de sa souveraineté
En visite pour la première fois en Syrie, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a appelé samedi la communauté internationale à aider ce pays en transition après des années de guerre civile et la mise en place de nouvelles autorités.
De concert avec le président Ahmad al-Chareh, il a en outre appelé au respect de la souveraineté de la Syrie, en référence aux incursions israéliennes dans le sud du pays.
Cette visite est la première d'un secrétaire général de l'ONU depuis celle de Ban Ki-moon en 2009. Elle intervient plus d'un an et demi après la chute, fin 2024, du président Bachar al-Assad, renversé par une coalition de rebelles islamistes.
"La communauté internationale doit contribuer à créer les conditions nécessaires à la reprise économique, aider au rétablissement des services essentiels et des infrastructures, élargir les possibilités de subsistance et d'emploi", a déclaré M. Guterres lors d'une conférence de presse à Damas avec le chef de la diplomatie syrienne, après avoir parlé d'un "moment charnière" pour la Syrie.
Selon l'agence de presse d'Etat Sana, le chef de l'ONU avait rencontré plus tôt au palais présidentiel Ahmad al-Chareh, qui dirige le pays depuis décembre 2024, après une visite de la vieille ville de Damas, dont la célèbre mosquée des Omeyyades.
La rencontre a notamment porté sur le renforcement de la coopération entre la Syrie et l'ONU "dans les domaines humanitaire et du développement" et sur le "soutien aux efforts (...) de reconstruction", selon un communiqué du bureau de M. Chareh.
Un responsable de l'ONU a indiqué à l'AFP que M. Guterres avait également visité la tristement célèbre prison de Saydnaya, symbole des atrocités commises contre les opposants sous le pouvoir de Bachar al-Assad.
Et rencontré à Damas des Casques bleus de l'ONU déployés dans une zone tampon sur le plateau du Golan syrien, dont une partie a été annexée unilatéralement par Israël en 1981.
Après la chute de Bachar al-Assad, Israël a envoyé des troupes dans cette zone. Son armée a aussi mené des incursions répétées sur le territoire syrien, ainsi que des bombardements, et a déclaré vouloir instaurer une zone démilitarisée dans le sud.
Lors de sa conférence de presse, M. Guterres a souligné "l'importance du respect total de la souveraineté de la Syrie", déclarant que la situation près du plateau du Golan était "inacceptable". "J'aimerais rappeler à la communauté internationale que le plateau du Golan est un territoire syrien", a-t-il ajouté.
Le ministre syrien des Affaires étrangères Assaad al-Chaibani, qui l'avait accueilli à l'aéroport de Damas, a réclamé de son côté un "retrait israélien immédiat et sans condition" du secteur où les forces israéliennes ont avancé.
Depuis son arrivée au pouvoir, Ahmad al-Chareh a rompu avec son passé jihadiste et cherche à attirer des investisseurs dans son pays, dont les infrastructures ont été très gravement endommagées par la guerre civile, entre 2011 et 2024.
La communauté internationale l'appelle de son côté à bâtir des institutions solides et efficaces et à instaurer une gouvernance inclusive et plurielle.
M. Chareh avait proclamé en mars 2025 une Déclaration constitutionnelle fixant une période de transition de cinq ans, à l'issue de laquelle doivent être organisées des élections.
En attendant, un Parlement est entré en fonction, mais ses membres n'ont pas été élus, suscitant des critiques de la société civile.
Le porte-parole du secrétaire général de l'ONU, Stéphane Dujarric, a répété la nécessité de "plus de stabilité, d'inclusivité et de prospérité pour tous les Syriens", notant le rôle des Nations unies pour les accompagner "dans ce cheminement".
Le pays a été le théâtre en mars 2025 de massacres d'alaouites, minorité dont est issu M. Assad, et d'affrontements sanglants avec des combattants druzes la même année.
Lors de sa visite, Antonio Guterres doit rencontrer des représentants de la société civile, des organisations représentant les femmes et les diverses communautés du pays.
La guerre en Syrie a fait plus de 500.000 morts et plus de 10 millions de déplacés et réfugiés.
Alors qu'un grand nombre de Syriens vivent dans la pauvreté, on estime que 15,6 millions de personnes ont besoin d'une aide humanitaire.
Le coût de la reconstruction a été évalué à plus de 216 milliards de dollars par la Banque mondiale.
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