Société

Vidéos, cuir et néons: la Mecque chinoise de la moto attire les amateurs d'adrénaline

Published on août 3, 2026 at 07:54

Deux femmes à moto dans une rue de Chongqing, dans le sud-ouest de la Chine, le 21 juillet 2026. — WANG Zhao / AFP
Une femme se préparant avant de participer à une séance photo et vidéo de moto à Chongqing, dans le sud-ouest de la Chine, le 20 juillet 2026. — WANG Zhao / AFP
Deux femmes à moto dans une rue de Chongqing, dans le sud-ouest de la Chine, le 21 juillet 2026. — WANG Zhao / AFP

La nuit tombe sur la métropole chinoise de Chongqing: dans une jungle de néons multicolores et le grondement des moteurs, des touristes s'agrippent à des motos rutilantes, blottis contre leurs pilotes, pour s'offrir leur vidéo personnalisée.

Au bord des routes, une nuée de prestataires proposent des séances devant ou sur de grosses cylindrées à des passants, attirés dans cette ville à l'ambiance "cyberpunk" par des vidéos vues sur TikTok, Douyin, Facebook ou Instagram.

"J'ai pris l'avion de Shanghai ce matin. Ma priorité, c'était ce shooting vidéo", affirme à l'AFP Liu Changqing, 30 ans, vêtue d'une lourde veste de motard louée pour l'occasion, malgré la chaleur étouffante.

"Ils ont même des maquilleurs!", s'enthousiasme-t-elle, avant d'enfourcher une superbe machine rouge vermillon, d'enlacer son pilote et de s'élancer, suivie par un vidéaste chargé de les filmer.

Alors que de nombreuses métropoles ont restreint la pratique de la moto, Chongqing, dans le sud-ouest du pays, l'a au contraire favorisée, devenant un paradis des deux-roues à essence.

Ce qui n'était au départ qu'une poignée de vidéos entre motards locaux a pris une ampleur inédite l'an passé, portée par l'attrait touristique croissant de cette mégapole de 23 millions d'habitants.

Le hashtag dédié cumule désormais 1,3 milliard de vues sur Douyin, la version chinoise de TikTok.

De quoi propulser la culture motocycliste de Chongqing sur le devant de la scène nationale - voire désormais internationale.

"Il y a un dicton local: si vous plantez une caméra à un carrefour de Chongqing, vous verrez passer une moto toutes les 30 secondes", résume Zhang Yuanming, un moniteur de moto de 29 ans.

Il attribue cet engouement aux nombreux constructeurs locaux, au relief accidenté propice à la moto, ainsi qu'aux embouteillages chroniques.

Chongqing est le coeur de l'industrie motocycliste chinoise depuis 1979, lorsque Jialing, une entreprise publique spécialisée dans l'équipement militaire, s'est lancée dans les motos civiles dans cette ville au cadre tentaculaire et montagneux.

Aujourd'hui, la métropole du sud-ouest représente à elle seule plus d'un tiers de la production nationale.

Si les scooters électriques, moins contraignants sur le plan réglementaire, ont remplacé l'essentiel des motos thermiques dans la plupart des villes chinoises, Chongqing a choisi de préserver la tradition du deux-roues à essence.

"Quand les touristes prennent des photos et des vidéos, certains finissent par aimer la moto, apprennent à rouler, puis achètent leur propre machine", se réjouit Zhang Yuanming, le moniteur.

Il constate un regain d'intérêt depuis mars, lorsque ZXMoto a fait les gros titres en devenant le premier constructeur chinois à remporter une course en championnat du monde de Supersport – l'une des catégories les plus prestigieuses.

Pour les motards locaux, la renommée de Chongqing est une aubaine commerciale.

A partir de 200 yuans (26 euros), leurs formules incluent des séances photo et vidéo soigneusement chorégraphiées, des ralentis aux angles de caméra. Les clients sont soulevés par les pilotes et parcourent la ville de nuit devant ses monuments emblématiques.

"Avant, on se faisait juste des petites vidéos entre nous. Puis des gens ont trouvé qu'on était stylés, et ils ont voulu monter à l'arrière", raconte Li Yan, 26 ans, qui dit gagner jusqu'à 1.000 yuans par nuit.

Son équipe de sept personnes se répartit les tâches: promotion en ligne et sur place, pilotage, montage vidéo. Chaque pilote attire entre six et douze clients par soir.

Si l'engouement des Chinois est un peu retombé depuis un pic l'an passé, les touristes étrangers – désormais un tiers de la clientèle – compensent ce reflux, à mesure que le phénomène se fait connaître hors de Chine.

"Nulle part ailleurs on ne trouve un panorama comme celui-ci, avec toutes ces lumières", assure Alex Schodorowska, une jeune femme de 29 ans venue du Royaume-Uni qui a découvert la tendance sur Instagram. "Il n'y a pas beaucoup d'endroits qui puissent offrir un rendu aussi spectaculaire en vidéo."

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