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Tchad: le président Déby accorde une grâce à neuf opposants emprisonnés

Published on août 14, 2026 at 20:17

CSuccès Masra, ancien Premier ministre et chef de l'opposition tchadienne, le 8 mai 2024 à N'Djamena, au Tchad — Issouf SANOGO / AFP
Le président tchadien Mahamat Idriss Déby, le 23 mai 2024 à N'Djamena — Joris Bolomey / AFP
CSuccès Masra, ancien Premier ministre et chef de l'opposition tchadienne, le 8 mai 2024 à N'Djamena, au Tchad — Issouf SANOGO / AFP

Succès Masra, ancien Premier ministre et chef du principal parti d'opposition au Tchad, et huit autres dirigeants de partis ont été graciés par le président Mahamat Idriss Déby vendredi par décret.

Le principal opposant au président tchadien, qui devrait être libéré dans la nuit ou samedi selon son entourage, avait été condamné en août 2025 à 20 ans de prison pour incitation à la haine et "complicité de meurtre", dans un procès "politiquement motivé", selon l'ONG Human Rights Watch (HRW).

Les huit autres dirigeants de partis, tous membres du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), la plateforme de l'opposition, avaient été condamnés en mai à huit ans de prison ferme, jugés coupables de fomenter une insurrection.

Cette grâce présidentielle entraîne une "remise totale des peines privatives de liberté aux condamnés", indique le décret publié vendredi sur la page Facebook de la présidence tchadienne.

Les membres du GCAP ont tous quitté la maison d'arrêt de Klessoum, à N'Djamena, en fin d'après-midi. Il leur a été demandé de se désister de l'appel de leur jugement, ce qu'ils ont tous consenti à faire, à l'exception de Nassour Koursami, selon les intéressés.

Avec une grâce plutôt qu'une amnistie, les opposants détenus retrouvent leur liberté mais la condamnation subsiste : ils conservent leur casier judiciaire ainsi que leurs peines civiles et pécuniaires et deviennent inéligibles.

Abdelnasser Ngarboa, le porte-parole du Mouvement patriotique du salut (MPS), le parti présidentiel, a loué une démarche "salutaire".

"Nous remercions le président de la République d'avoir bravé les obstacles et choisi d'avancer dans l'esprit de l'unité nationale qui est en train de naître. Nous espérons enfin nous asseoir autour d'une table pour faire avancer la paix", a réagi Ndolembai Sadé Njesada, vice-président du parti de Succès Masra, Les Transformateurs.

Mais pour Hissein Abdoulaye, porte-parole du GCAP, "arrêter les leaders politiques arbitrairement, les traduire devant les tribunaux, les condamner avec des chefs d'accusation imaginaires et les gracier quelques mois plus tard tout en confisquant leurs droits civiques et politiques: c'est tout simplement abject et un recul démocratique très grave". 

Le Tchad, pays d'Afrique centrale comptant près de 20 millions d'habitants, est dirigé depuis 2021 par M. Déby, qui avait pris la tête d'une transition militaire à la mort de son père Idriss Déby Itno (1990-2021), tué par des rebelles après plus de 30 ans à la tête du pays.

Pour l'analyste politique Ahmat Yacoud Dabio, cette grâce présidentielle "crée une situation paradoxale : certains leaders sont libérés ou bénéficient d’une mesure de clémence, mais restent exclus du jeu électoral".

"La grâce présidentielle peut être le début d’une décrispation, mais elle ne peut pas à elle seule régler la question de la confiance entre le pouvoir et l’opposition", estime-t-il.

Selon lui, "le Tchad a moins besoin d’une opposition simplement autorisée à exister que d’une opposition capable de jouer pleinement son rôle institutionnel, et d’un pouvoir jugé suffisamment sûr de sa légitimité pour accepter une véritable contradiction politique".

Pour le chercheur Yamingue Bétinbaye, si la grâce n'était pas suivie d'une loi d'amnistie, elle risquerait d'être perçue comme "une fourberie de la part du pouvoir pour apaiser de façon ponctuelle le climat sociopolitique", condamnant les opposants libérés à l'inéligibilité.

Économiste de 42 ans et figure populaire de l'opposition, M. Masra avait été contraint à l'exil au Cameroun fin 2022, après une manifestation violemment réprimée lors de laquelle de nombreuses personnes avaient été tuées par les forces de l'ordre, sans qu'aucun bilan officiel ne soit jamais communiqué.

Il était rentré au Tchad un an plus tard en vertu d'un accord conclu avec le gouvernement tchadien à Kinshasa. Il avait été nommé Premier ministre peu après, cinq mois avant l'élection présidentielle de mai 2024 à l'issue de laquelle il était arrivé deuxième avec près de 20% des voix.

M. Déby avait recueilli environ 60% des suffrages, remportant une élection contestée et boudée par une bonne partie de l'opposition.

En octobre 2025, une révision constitutionnelle adoptée avec une large majorité au Parlement a instauré un mandat présidentiel de sept ans renouvelable sans limite, "affaiblissant encore davantage les perspectives d'un changement démocratique significatif du gouvernement", avait estimé Human Rights Watch.

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