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Tchad: le président Déby accorde une grâce à neuf dirigeants de l'opposition en prison

Published on août 14, 2026 at 13:40

CSuccès Masra, ancien Premier ministre et chef de l'opposition tchadienne, le 8 mai 2024 à N'Djamena, au Tchad — Issouf SANOGO / AFP
Le président tchadien Mahamat Idriss Déby, le 23 mai 2024 à N'Djamena — Joris Bolomey / AFP
CSuccès Masra, ancien Premier ministre et chef de l'opposition tchadienne, le 8 mai 2024 à N'Djamena, au Tchad — Issouf SANOGO / AFP

Succès Masra, ancien Premier ministre et chef du principal parti d'opposition au Tchad, ainsi que huit autres dirigeants de partis ont été graciés par le président Mahamat Idriss Déby vendredi par décret.

Condamné pour "diffusion de message à caractère haineux et xénophobe" et "complicité de meurtre", lors d'un procès dont l'ONG Human Rights Watch a relevé la motivation politique, Succès Masra purgeait depuis plus d'un an une peine de 20 ans de prison ferme.

Les huit dirigeants de partis, tous membres de la plateforme de l'opposition (GCAP), Groupe de concertation des acteurs politiques, étaient condamnés depuis mai à huit ans de prison ferme, jugés coupables de fomenter une insurrection.

Cette grâce présidentielle entraîne une "remise totale des peines privatives de liberté aux condamnés", indique le décret publié vendredi sur la page Facebook de la présidence tchadienne.

Avec une grâce plutôt qu'une amnistie, les opposants détenus retrouvent leur liberté mais la condamnation subsiste : ils conservent leur casier judiciaire, leurs peines civiles et pécuniaires et deviennent inéligibles.

"Nous remercions le président de la République d'avoir bravé les obstacles et choisi d'avancer dans l'esprit de l'unité nationale qui est en train de naître. Nous espérons enfin nous asseoir autour d'une table pour faire avancer la paix", a réagit le Dr Ndolembai Sadé Njesada, vice-président du parti de Succès Masra, les Transformateurs.

Mais pour Hissein Abdoulaye, porte-parole du GCAP, "arrêter les leaders politiques arbitrairement, les traduire devant les tribunaux, les condamner avec des chefs d'accusation imaginaires et les gracier quelques mois plus tard tout en confisquant leurs droits civiques et politiques: c'est tout simplement abject et un recul démocratique très grave". 

Quant au Mouvement Patriotique du Salut (MPS), parti de la majorité présidentielle, son porte-parole a salué une démarche "salutaire".

"Cette mesure dont bénéficient des acteurs politiques est une bonne chose, elle permet à ces concitoyens de retrouver leur famille", fait valoir Abdelnasser Ngarboa.

Économiste de 42 ans et figure populaire de l'opposition, M. Masra avait été contraint à l'exil au Cameroun fin 2022, après une manifestation violemment réprimée lors de laquelle de nombreuses personnes avaient été tuées par les forces de l'ordre, sans qu'aucun bilan officiel ne soit jamais communiqué.

Il était rentré au Tchad un an plus tard en vertu d'un accord conclu avec le gouvernement tchadien à Kinshasa. Il avait été nommé Premier ministre peu après, cinq mois avant l'élection présidentielle de mai 2024 à l'issue de laquelle il était arrivé deuxième avec près de 20% des voix.

M. Déby avait recueilli environ 60% des suffrages, remportant une élection contestée et boudée par une bonne partie de l'opposition.

M. Masra était emprisonné depuis mai 2025, accusé d'avoir "incité" au massacre de Mandakao lors duquel 42 personnes, "majoritairement des femmes et des enfants", ont été tuées le même mois.

Un message audio, présenté comme datant de 2023, avait été mis en avant par la justice pour incriminer l'homme politique.

Selon une traduction en français du message en langue ngambaye, le président du parti d'opposition y aurait notamment dit : "Apprenons-nous les uns et les autres à utiliser une arme à feu (...), soyons tous des boucliers protecteurs".

Les membres de la coalition d'opposition GCAP, dissoute par la Cour suprême au mois d'avril, avaient de leur côté été arrêtés alors qu'ils organisaient une manifestation interdite par les autorités.

Le Tchad, pays d'Afrique centrale qui compte près de 20 millions d'habitants, est dirigé depuis 2021 par M. Déby, qui avait pris la tête d'une transition militaire à la mort de son père Idriss Déby Itno, tué par des rebelles après 30 ans à la tête du pays.

En octobre 2025, une révision constitutionnelle adoptée avec une large majorité au Parlement a instauré un mandat présidentiel de sept ans renouvelable sans limite, "affaiblissant encore davantage les perspectives d'un changement démocratique significatif du gouvernement", avait estimé HRW.

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