Sur le départ, la ministre Monique Barbut va rester, tant qu'elle peut "agir"
Après avoir annoncé sa démission pour protester contre l'adoption de la loi d'urgence agricole, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, va finalement poursuivre sa "première et dernière" expérience au gouvernement à la demande d'Emmanuel Macron, tant qu'elle peut "agir".
"Je resterai tant que j'ai la garantie de pouvoir agir mais clairement, je peux vous assurer que c'est ma première et ma dernière expérience politique", a-t-elle confié dans une interview aux Echos dans la soirée, à l'issue d'une journée de rebondissements quant à son avenir.
La ministre avait présenté dans la matinée sa démission via un post sur le réseau LinkedIn, mais le président de la République "ne l'a pas acceptée", a déclaré peu après son cabinet à l'AFP.
La décision de la ministre est venue après que le Parlement a entériné mardi le projet de loi d'urgence agricole. Il donne à l'Agence de sécurité sanitaire (Anses) la possibilité de réintroduire sous condition deux pesticides interdits, l'acétamipride et le flupyradifurone, pour une poignée de filières en difficulté, dont celles des noisettes et de la betterave.
Une façon de donner le pouvoir à la "science", avaient assuré les défenseurs du texte.
"Ma position reste exactement la même. Je suis en désaccord avec la façon, sur la forme comme sur le fond, dont la version finale du projet de loi agricole a été ficelée, en particulier sur l'acétamipride. Je reste totalement opposée à sa réintroduction", a-t-elle martelé aux Echos.
"Adieu les postures héroïques, l'honneur et le reste. Ces gens ont inventé la honte transpartisane", a toutefois fustigé sur X le candidat Insoumis à l'élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon.
Pour Monique Barbut, "en 2016, la France a fait le choix d'interdire l'acétamipride au nom du principe de précaution, sur la base des expertises scientifiques disponibles".
"Dix ans plus tard, loin d'avoir dissipé les inquiétudes, les études scientifiques continuent d'alimenter les doutes sur ses effets pour la santé humaine et l'environnement", a-t-elle écrit dans la matinée sur LinkedIn, en annonçant sa démission.
Dans l'hémicycle, des députés du camp présidentiel avaient suggéré lundi à l'exécutif de retirer cette mesure par amendement, ce que le gouvernement a refusé, provoquant l'ire des associations de défense de l'environnement.
Les filières noisettes, cerises et pommes, destinataires des pesticides en question, avaient défendu leur réintroduction, estimant que l'accès à ces produits "permettra d'attendre sereinement l'arrivée des solutions alternatives".
La ministre a fait part aux Echos de "garanties" obtenues sur des sujets qui seront "traités en priorité". Parmi elles un décret "mis en consultation dans les prochains jours" sur la trajectoire de baisse du cadmium, ainsi que l'obtention du pilotage du plan d'accélération de l'adaptation au changement climatique, et l'annonce d'"un débat sur l'élargissement des PFAS qui doivent être surveillés et réglementés".
La ministre de la Transition écologique a vécu neuf mois agités à la tête du ministère.
Connue pour son franc-parler et quelques maladresses, cette femme politique venue du monde associatif (elle avait présidé WWF France) et des organisations internationales (dont l'ONU) avait déjà mis sa démission dans la balance en début d'année.
Elle s'était alors opposée à la réintroduction de projets de recherche d'hydrocarbures outre-mer et avait bataillé pour sanctuariser les budgets alloués à son ministère, sans parvenir toutefois à éviter de nouvelles coupes.
"La politique n'est pas mon monde, et si c'est cela dont il s'agit, elle ne le sera définitivement pas", a dit mercredi matin celle qui entendait retrouver sa "place de citoyenne engagée".
La crise au sein de ce ministère cristallise l'évolution idéologique de l'exécutif depuis le premier mandat d'Emmanuel Macron. Le président promettait alors de sortir le pays du puissant herbicide glyphosate et d'atteindre 50% de produits biologiques ou locaux dans la restauration collective d'ici à 2022. Des objectifs non atteints.
Depuis, les crises mondiales successives, de la pandémie de Covid-19 en 2020 à la guerre en Ukraine, ont rebattu les cartes. La notion de "souveraineté agricole et alimentaire" s'est imposée dans le débat, légitimant une politique qui privilégie les volumes de production, quitte à assouplir certains garde-fous environnementaux.
"Le président de la République m'a assurée de son soutien et nous allons nous revoir de façon très régulière avec le Premier ministre pour suivre l'avancée de tous ces dossiers", a encore dit Monique Barbut mercredi soir, promettant de ne jamais jouer "le président de la République contre le Premier ministre", malgré des tensions récentes avec Matignon.
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