Stations-service, pharmacies, ports... Cuba ouvre de nombreux secteurs au privé
Stations-service, pharmacies, ports, gestion des déchets, énergies renouvelables, tourisme, banques... Cuba, en proie à une sévère crise et mis sous pression par Washington, a annoncé mercredi l'ouverture de vastes secteurs de son économie aux acteurs privés.
L'île communiste réduit ainsi drastiquement le nombre d'activités interdites aux entreprises privées, quelques semaines après l'approbation par le Parlement d'un paquet de 176 mesures en faveur d'une ouverture à l'économie de marché.
La nouvelle réglementation "élargit de manière considérable le champ d'action des entrepreneurs et des entreprises privées sur l'île", ont indiqué les médias d'Etat, relayant ces mesures édictées par décret.
Le Premier ministre Manuel Marrero a précisé mercredi devant les députés que 110 des 176 mesures approuvées en juin étaient déjà en cours de mise en oeuvre, et assuré que les autres seraient appliquées d'ici septembre.
"Les résultats seront atteints progressivement", a assuré M. Marrero, qui a donné quelques exemples.
"Des autorisations ont été accordées à plus de 100 acteurs non étatiques" pour la commercialisation de carburant en gros, et "le premier projet d'investissement étranger pour l'importation, la distribution et la commercialisation de carburant a été approuvé", a-t-il ainsi indiqué, sans pour autant donner de détails sur la nationalité de l'investisseur.
Services pharmaceutiques et optiques, maisons de retraites, terminaux de passagers et de fret, installations portuaires, importation de véhicules, gestion de certaines infrastructures touristiques et sportives, exploitation pétrolière et minière sous conditions, production d'énergies renouvelables, gestion des déchets, secteurs bancaires et sucrier: des pans entiers de l'économie sont désormais ouverts au secteur privé.
"Inévitablement, nombre des investissements (...) vont exiger des apports de capitaux étrangers", a réagi auprès de l'AFP l'économiste cubain Daniel Torralbas - basé à Londres -, soulignant que les petites et moyennes entreprises cubaines, autorisées en 2021, n'ont pas pour l'heure la capacité financière d'investir dans ces domaines.
Les soins médicaux restent une "responsabilité de l'Etat" et "l'activité médicale (...) continue d’être garantie à la population cubaine avec des services hospitaliers gratuits", ont cependant fait savoir les autorités.
L'éducation reste aussi l'apanage du secteur public, avec une timide ouverture pour les gardes d'enfants, cours de langues et soutien scolaire.
La santé et l'éducation gratuites sont deux piliers de la révolution menée par Fidel Castro en 1959, même si la crise économique a considérablement détérioré ces dernières années les services de base destinés à la population.
Autres secteurs qui restent aux mains de l'Etat: le tabac et la production de cigares - un produit d'exportation majeur pour l'île -, les médias, les télécommunications, ainsi que les domaines de la sécurité et de la défense.
"Tout le monde sait qu'actuellement nous survivons grâce aux petites entreprises privées", souligne Ana Diago, 66 ans, une retraitée qui a dû reprendre un emploi pour pouvoir survivre.
Ces annonces en faveur de l'économie de marché marquent un virage historique pour l'île communiste et son économie socialiste centralisée, en proie depuis plusieurs années à une profonde crise et mise sous pression depuis des mois par Washington.
Elles interviennent alors que le président américain Donald Trump applique une politique de pression maximale sur l'île de 9,4 millions d'habitants, soumise depuis près de six mois à un blocus pétrolier.
Ce blocus a poussé l'économie cubaine, sous embargo depuis 1962, au bord de l'effondrement, provoquant des coupures de courant généralisées, ainsi que des pénuries encore plus aiguës de nourriture, de carburant, d'eau potable et de médicaments.
Lors de l'annonce des réformes, le gouvernement a également assuré qu'il allait accélérer et décentraliser l'approbation de la création de petites et moyennes entreprises, qui n'ont cessé depuis 2021 de gagner du terrain dans le tissu économique.
Elles ont représenté plus de la moitié du commerce de détail en 2025 et emploient désormais plus d'un tiers de la population active.
Selon les autorités mercredi, elles sont désormais plus de 15.000, un chiffre qui montre une accélération dans le processus d'approbation ces dernières semaines.
Mercredi et jeudi, les députés de l'Assemblé nationale du pouvoir populaire doivent également examiner plusieurs projets de loi concernant l'agriculture, le logement, la réorganisation de l'administration et la législation du travail.
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