Afrique

Mali: HRW accuse des paramilitaires russes d'avoir tué neuf civils dont des enfants

Published on août 20, 2026 at 14:56

L'ONG Human Rights Watch (HRW), évoquant un "massacre", a accusé jeudi des paramilitaires russes de l'Africa Corps, accompagnés de soldats maliens, d'avoir tué neuf civils dont quatre enfants lors d'une opération antijihadiste en juillet — Emma DA SILVA / AFP
L'ONG Human Rights Watch (HRW), évoquant un "massacre", a accusé jeudi des paramilitaires russes de l'Africa Corps, accompagnés de soldats maliens, d'avoir tué neuf civils dont quatre enfants lors d'une opération antijihadiste en juillet — Emma DA

L'ONG Human Rights Watch (HRW), évoquant un "massacre", a accusé jeudi des paramilitaires russes de l'Africa Corps, accompagnés de soldats maliens, d'avoir tué neuf civils dont quatre enfants lors d'une opération antijihadiste en juillet dans le centre du Mali.

Dans un communiqué, l'organisation de défense des droits humains explique que les jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM, lié à Al-Qaïda) contrôlent depuis 2017 le village de Bombori, dans la région de Mopti (centre), et possèdent une base à un kilomètre de là.

Le 10 juillet, "plus de 100 combattants de l'Africa Corps", organisation paramilitaire russe, et "plusieurs militaires maliens" ont investi le village à l'aube à la recherche de combattants du JNIM, qui "avaient quitté le village la veille", selon HRW.

"Ils ont fait irruption dans des maisons du quartier peul, ont traîné des personnes hors des habitations et ont rassemblé au moins 80 hommes et garçons sous un arbre", indique l'ONG.

Les Peuls sont une ethnie régulièrement prise pour cible au Sahel, car accusée de nourrir les rangs des groupes jihadistes qui minent la région.

"Là, les combattants ont battu les hommes et les garçons, les ont interrogés sur des liens présumés avec les groupes armés islamistes et ont menacé de les tuer s'ils dissimulaient des informations", poursuit HRW.

"Ils ont abattu six civils qui ont tenté de s'enfuir et en ont arrêté et exécuté trois autres, dont un qu'ils ont décapité", détaille l'ONG. Sa tête a été "exposée au milieu du village" et "les deux autres avaient été égorgés et ligotés, les mains derrière le dos", a précisé à l'ONG un homme de 40 ans.

Pour documenter ce "massacre", HRW dit avoir mené des entretiens à distance avec 13 personnes, dont quatre témoins de l'attaque et neuf membres de la société civile et chefs de communauté, entre le 19 et le 30 juillet.

"Lorsque l'Africa Corps a quitté Bombori vers 14H00 (le 10 juillet), les habitants ont récupéré les corps de neuf personnes, dont cinq hommes âgés de 19 à 34 ans et quatre enfants âgés de 6 à 17 ans", rapporte HRW.

Un homme de 38 ans a raconté à l'ONG avoir trouvé "les corps de deux enfants, tous deux âgés d'environ six ans, tués par balle à côté d'une maison incendiée".

Pour Ilaria Allegrozzi, chercheuse sur le Sahel à HRW citée dans le communiqué, "le massacre de Bombori est emblématique des atrocités commises au Mali".

"Les villageois ont été pris au piège entre un groupe armé islamiste et le gouvernement avec ses alliés russes, aucun des belligérants ne respectant le droit international", fustige-t-elle.

Le Mali est miné par les violences de groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l'Etat islamique, qui ont fait des milliers de morts sur de larges pans de son territoire depuis plus d'une décennie.

Dirigé par une junte arrivée au pouvoir après deux coups d'Etat en 2020 et 2021, le pays a tourné le dos à ses partenaires occidentaux et s'est rapproché de la Russie, dont les paramilitaires de l'Africa Corps l'aident dans sa lutte antijihadiste.

Human Rights Watch affirme avoir adressé le 4 et le 5 août des courriers au ministre de la Défense russe et au général Assimi Goïta, chef de la junte et ministre de la Défense du Mali, mais dit n'avoir reçu "aucune réponse à ce jour".

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