Economie/Finances

Malgré une inflation élevée, la Fed fait le choix de temporiser

Published on juillet 29, 2026 at 21:34

Le nouveau président de la Fed Kevin Warsh à Washington, le 17 juin 2026 — Brendan SMIALOWSKI / AFP
Le nouveau président de la Fed Kevin Warsh à Washington, le 17 juin 2026 — Brendan SMIALOWSKI / AFP

Prise entre l'inflation persistante provoquée par la guerre au Moyen-Orient et la volonté de Donald Trump de voir les taux baisser, la Réserve fédérale américaine (Fed) a fait mercredi le choix de ne pas choisir, en maintenant ses taux inchangés.

A l'issue de sa traditionnelle réunion de deux jours, le comité de politique monétaire (FOMC) a décidé de maintenir ses taux dans la fourchette comprise entre 3,50% et 3,75%, pour la cinquième fois d'affilée.

Une décision qui s'explique par la "solidité impressionnante" de l'économie américaine, a justifié le président de l'institution, Kevin Warsh, en conférence de presse.

Et qui vient souligner que la Fed "reste patiente", a jugé dans une note Andrew Davis, directeur de la stratégie investissement pour Bryn Mawr.

"La Fed a fait comprendre qu'elle était plus à l'aise avec l'idée d'attendre plus de preuves" d'une inflation persistante "avant de décider quoi faire et c'est très exactement ce que la décision d'aujourd'hui met en lumière", a-t-il ajouté.

Si la majorité des analystes s'attendaient à cette décision, selon l'outil de veille de CME, FedWatch, une partie non négligeable pensait encore la veille qu'une hausse était possible.

Les discussions ont été "une vraie dispute de famille", a reconnu M. Warsh, alors que trois membres du FOMC, Beth Hammock, Lorie Logan et Neel Kashkari, ont fait dissension en votant finalement en faveur d'une hausse.

"Si l'on prend en compte leurs commentaires passés, ces trois jugent que les risques d'une inflation élevée persistante priment", a estimé dans une note le chef économiste d'Oxford Economics, Michael Pearce.

La Fed doit remplir un double mandat, en assurant à la fois la stabilité des prix et une situation proche du plein emploi. Elle évalue le degré de risque de part et d'autre pour déterminer sa politique monétaire.

Un relèvement des taux aurait représenté un cas de figure défavorable pour le président Donald Trump qui a promis de faire baisser les prix comme les coûts d'emprunt.

Avant de nommer Kevin Warsh - dont il ne cache pas attendre une politique monétaire plus accommodante - M. Trump a mené une campagne acharnée contre celui qui a occupé pendant huit ans son fauteuil, Jerome Powell.

Le président américain a maintenu la pression sur la banque centrale jusqu'au dernier moment, en assurant lundi que "le rapport sur l'inflation (avait) été très bon", avec des "coûts qui baissent rapidement". Suffisant à ses yeux pour justifier que "les taux devraient être abaissés", a-t-il de nouveau martelé.

En réalité, l'inflation est repartie à la hausse ces derniers mois, principalement du fait de la guerre au Moyen-Orient consécutive aux bombardements américains et israéliens en Iran.

En mai, l'indice PCE, qui est privilégié par la Fed pour déterminer sa politique monétaire, atteignait 4,1%, 0,3 point de plus qu'en avril et en hausse de 1,2 point depuis février.

Face à cette inflation élevée, il n'existe pas de "baguette magique" pour l'éliminer, a déclaré M. Warsh, interrogé en conférence de presse sur l'absence de décision de la Fed face à cette hausse des prix tenace.

"On est sur le coup et nous allons y parvenir", a-t-il affirmé, ajoutant: "nous sommes ultra concentrés afin de nous assurer que nous allons y arriver".

Si les prix de l'énergie, première cause du pic d'inflation actuel, sont depuis repartis à la baisse, ils restent toutefois à un niveau bien plus élevé qu'en début d'année et très volatils selon l'évolution des hostilités.

Les données du PCE de juin seront connues jeudi, au lendemain de la décision de la Fed.

De l'avis de la plupart des analystes, le regain d'inflation lié à l'énergie peut être vu comme temporaire, ce qui devrait inciter la majorité des votants du FOMC à faire preuve de patience.

D'autant que le marché de l'emploi - l'autre mandat de la Fed - continue de montrer sa solidité. Le chômage reste faible (4,2%) même si cela s'explique en partie par une baisse du taux de participation de la main-d'oeuvre, au plus bas depuis la pandémie de Covid.

Donald Trump est d'ores et déjà prêt à faire porter la responsabilité d'une décision autre qu'une baisse des taux sur certains membres du FOMC, qu'il juge "particulièrement politisés".

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