France

La tour Eiffel rouvre ses portes après un tollé contre la discrimination des employées

Published on septembre 8, 2026 at 11:56

Cérémonie du groupe hindou Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha (BAPS) devant la Tour Eiffel à Paris, le 3 septembre 2026 — Kenzo TRIBOUILLARD / AFP
Cérémonie du groupe hindou Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha (BAPS) devant la Tour Eiffel à Paris, le 3 septembre 2026 — Kenzo TRIBOUILLARD / AFP

Les touristes peuvent de nouveau grimper au sommet de Paris: la tour Eiffel a rouvert mardi matin au lendemain d'une journée de mobilisation des salariés, indignés par l'éviction du personnel féminin lors d'une visite dispensée à un groupe religieux hindou, lequel a formulé des excuses tout en minimisant les faits.

Peu avant 9H30 mardi, les visiteurs passaient les sas de sécurité au pied de la Dame de fer, a constaté un journaliste de l'AFP. Sur son site, la tour Eiffel indiquait, juste après 9H30, que le monument emblématique de la capitale française était "ouvert aujourd'hui".

Une délégation du Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha (BAPS), réputé particulièrement conservateur aux yeux d'une partie de la diaspora indienne, a visité samedi le monument parisien.

Lundi, le personnel s'est mobilisé, dénonçant des "consignes" reçues ayant conduit à évincer les salariées lors de cette visite et a été reçu par la direction.

Ce "mouvement spontané de colère des salariés" a entraîné une "fermeture symbolique" lundi, a déclaré à l'AFP Diane Davoine, secrétaire du CSE de la tour Eiffel.

"On attend des réponses", a poursuivi l'élue CGT, et "qu'un cadre soit posé pour que ça ne se reproduise absolument jamais".

"Je réaffirme l'attachement de la tour Eiffel aux valeurs républicaines, à l'égalité femmes-hommes", a réagi Ariel Weil, maire PS de Paris Centre et président de la société d'exploitation de la tour Eiffel (SETE), promettant de "faire la lumière".

Dans un communiqué transmis lundi à l'AFP par le syndicat CGT, le personnel a dénoncé des "consignes professionnelles qui ont conduit les femmes salariées à être écartées, remplacées et rendues invisibles en raison de leur sexe".

"Certaines (femmes) ont été invitées à quitter leur poste et à se mettre à l'écart dans des locaux. A certains postes, elles ont été remplacées par des hommes. Et toutes les femmes salariées ont reçu la consigne de ne pas passer ou de ne pas traverser certaines zones pendant la présence de la délégation", se sont indignés les salariés, choqués de s'être retrouvés dans une situation "grave et profondément contraire aux valeurs d'égalité et de non-discrimination".

Le BAPS a formulé des excuses, mais nuancé les critiques.

"A notre connaissance, à aucun moment l'accès à la tour Eiffel n'a été refusé à qui que ce soit", a écrit sur X le BAPS de Paris lundi soir.

"Nous tenons néanmoins à présenter nos sincères excuses à toute personne qui aurait pu être blessée ou gênée par cette situation", a-t-il ajouté.

Dans un communiqué, la société d'exploitation avait pourtant reconnu que la délégation hindoue avait demandé une visite qui limite les "interactions avec les femmes" et admis que "ces conditions n'auraient pas dû être acceptées", promettant d'en tirer "toutes les conséquences".

"La SETE regrette profondément cette situation et présente ses excuses à ses personnels ainsi qu’aux visiteurs", a-t-elle ajouté.

"Ce n'est évidemment pas une pratique acceptable", avait commenté Ariel Weil, président de la SETE.

Le gouvernement et des candidats à l'élection présidentielle se sont offusqués. Le maire socialiste de Paris, Emmanuel Grégoire, a promis une enquête "dans les plus brefs délais".

"En France, on ne demande pas aux femmes de s'effacer. Aucun dogme, aucune religion n'est supérieure aux lois de la République", s'est indignée sur X la ministre chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé.

"En France, nous n'accepterons jamais que la présence des femmes soit +limitée+", a abondé sur le même réseau social la candidate du RN à la présidentielle, Marine Le Pen.

Autre candidat, l'ancien Premier ministre Gabriel Attal a estimé sur le réseau social qu'"en France, aucune culture, aucune croyance, aucun culte, rien ni personne ne peut venir dicter aux femmes leur place".

Le BAPS, proche du Premier ministre indien Narendra Modi, conservateur et nationaliste, a inauguré dimanche à Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne) le premier temple majeur bâti en France sous son égide. Il le promeut comme "un emblème de la culture indienne et de l'hindouisme".

Parmi la diaspora, l'association Indian Alliance Paris a vu dans cette inauguration une nouvelle offensive du "suprémacisme hindou", avec "une vision du monde conservatrice et hindou-nationaliste".

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