France

La tour Eiffel fermée après une visite marquée par une discrimination envers les femmes

Published on septembre 7, 2026 at 20:46

Des moines hindous de la Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha (BAPS) participent à une cérémonie religieuse devant la tour Eiffel, avant un défilé fluvial sur la Seine à Paris, le 3 septembre 2026 — Kenzo TRIBOUILLARD / AFP
Des membres de la communauté hindoue Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha (BAPS) agitent des drapeaux indiens lors d'une cérémonie religieuse devant la tour Eiffel, avant un défilé fluvial sur la Seine à Paris, le 3 septembre 2026 — Kenzo TRIBOUILLARD / AFP
Des moines hindous de la Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha (BAPS) participent à une cérémonie religieuse devant la tour Eiffel, avant un défilé fluvial sur la Seine à Paris, le 3 septembre 2026 — Kenzo TRIBOUILLARD / AFP

Sidération à la tour Eiffel. Le monument emblématique de Paris est resté fermé toute la journée lundi en raison de la grève de ses salariés, choqués par l'éviction du personnel féminin lors de la visite d'une délégation hindoue samedi.

La tour Eiffel doit rouvrir mardi, mais l'affaire rendue publique a suscité une vague d'indignation qui a conduit la Société d'exploitation de la tour Eiffel (SETE) à présenter ses excuses.

Les faits remontent à samedi, lors de la visite d'une délégation du mouvement spirituel hindou Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha (BAPS), présente à Paris à la veille de l'inauguration dimanche du premier temple majeur bâti en France par cette organisation, à Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne).

Dans un communiqué transmis à l'AFP par le syndicat CGT, le personnel a dénoncé des "consignes professionnelles qui ont conduit les femmes salariées à être écartées, remplacées et rendues invisibles en raison de leur sexe".

La visite a eu lieu au deuxième étage du monument, en présence d'un représentant spirituel hindou de l'organisation BAPS, considérée comme particulièrement conservatrice par une partie de la diaspora indienne.

"Les consignes ont été données aux femmes salariées de la tour Eiffel et aux femmes salariées des entreprises prestataires de s'invisibiliser afin d'accueillir cette délégation", relate le personnel, choqué de s'être retrouvé dans une situation "grave et profondément contraire aux valeurs d'égalité et de non-discrimination".

"Certaines (femmes) ont été invitées à quitter leur poste et à se mettre à l'écart dans des locaux. A certains postes, elles ont été remplacées par des hommes. Et toutes les femmes salariées ont reçu la consigne de ne pas passer ou de ne pas traverser certaines zones pendant la présence de la délégation", s'indignent les salariés.

La société d'exploitation a reconnu que la délégation hindoue avait demandé une visite qui limite les "interactions avec les femmes" et admis que "ces conditions n'auraient pas dû être acceptées".

"Elles ne sont conformes ni aux valeurs de la SETE, ni aux principes d'égalité entre les femmes et les hommes", poursuit l'institution, promettant d'en tirer "toutes les conséquences".

"Ce n'est évidemment pas une pratique acceptable", a réagi auprès de l'AFP Ariel Weil, maire PS de Paris Centre et président de la SETE.

"Je réaffirme l'attachement de la tour Eiffel aux valeurs républicaines, à l'égalité femmes-hommes", a-t-il ajouté, promettant de "faire la lumière sur ce qu'il s'est passé".

Le maire socialiste de Paris, Emmanuel Grégoire, qui a lui aussi promis sur le réseau social X qu'une enquête serait "diligentée dans les plus brefs délais", a jugé inacceptable que les conditions exigées par la délégation hindoue aient pu "être tolérées".

"En France, on ne demande pas aux femmes de s'effacer. Aucun dogme, aucune religion n'est supérieure aux lois de la République", s'est indignée sur X la ministre en charge de l'Egalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé.

"En France, nous n'accepterons jamais que la présence des femmes soit +limitée+. Toute la lumière doit être faite", a abondé sur le même réseau social la candidate du RN à la présidentielle, Marine Le Pen.

Egalement candidat, l'ancien Premier ministre Gabriel Attal a lui aussi filé l'anaphore et estimé sur le réseau social qu'"en France, aucune culture, aucune croyance, aucun culte, rien ni personne ne peut venir dicter aux femmes leur place".

La présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, s'est pour sa part dite "choquée" par la demande de la délégation.

"J'ai personnellement informé les représentants du BAPS en France que de telles pratiques étaient contraires aux lois de la République", a-t-elle écrit sur X.

La visite de la délégation hindoue s'est déroulée le même jour qu'une procession culturelle en bateau sur la Seine, organisée par le BAPS, qui a consacré dimanche son temple à 30 km à l'est de Paris.

Les visées de ce mouvement proche du Premier ministre indien Narendra Modi sont contestées par l'association Indian Alliance Paris, qui a vu dans cette inauguration une nouvelle offensive du "suprémacisme hindou", avec "une vision du monde conservatrice et hindou-nationaliste".

Après la journée de grève lundi, marquée par des rencontres entre direction et personnel, la tour Eiffel doit rouvrir dans des conditions normales mardi matin, selon une représentante des salariés de la SETE.

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