Santé

En Inde, l'œuf au cœur d'une controverse diététique... et politique

Published on juillet 14, 2026 at 17:58

Une élève reçoit son repas de midi dans une école primaire publique de Calcutta, le 9 juillet 2026 en Inde
Un élève prend son repas de midi dans une école primaire publique de Calcutta, le 9 juillet 2026 en Inde
SDes élèves reçoivent un repas de mi-journée dans une école primaire publique de Calcuta, le 9 juillet 2026 en Inde
Une élève reçoit son repas de midi dans une école primaire publique de Calcutta, le 9 juillet 2026 en Inde
En Inde, l'œuf au cœur d'une controverse diététique... et politique

Raja Dey, enseignante au Bengale-Occidental, craint une baisse de l'assiduité en classe maintenant que les cantines scolaires ont cessé de servir des oeufs dans son Etat de l'est de l'Inde, un changement de régime alimentaire qui a déclenché une tempête politique.

A l'origine de la controverse, il y a la décision du Bharatiya Janata Party (BJP), vainqueur des élections locales en mai, de confier au mouvement hindou Hare Krishna (ISKCON) la préparation des repas offerts aux élèves des écoles publiques de l'Etat.

Les cuisines du mouvement, exclusivement végétariennes, ont donc retiré le mois dernier les oeufs de leurs menus, remplacés par des protéines d'origine exclusivement végétales.

Le changement n'a pas tardé à être interprété en termes politiques, dans un Etat dont 30% de la population est musulmane, donc volontiers mangeuse de poisson, de viande et d'oeufs, alors que de nombreux Hindous affichent des préférences végétariennes.

"Le gouvernement du BJP essaie d'imposer des menus végétariens aux élèves", déplore auprès de l'AFP un élu de l'opposition locale, Dola Sen.

Longtemps à la tête du Bengale occidental, son parti, le Trinamool Congress (TMC), avait déjà largement eu recours à l'argument alimentaire pendant la campagne précédant les élections locales.

A plusieurs reprises, la cheffe de l'exécutif sortant, Mamata Banerjee, avait averti que ses adversaires voulaient interdire viande, poisson et oeufs.

Le BJP l'avait nié, et ses candidats étaient apparus publiquement avec (...) des poissons à la main.

Depuis l'arrivée au pouvoir de M. Modi en 2014, son parti est accusé par ses rivaux de vouloir "hindouiser" l'Inde, contre sa minorité musulmane.

Cette volonté s'est manifestée dans plusieurs Etats du pays par des restrictions à la consommation de boeuf - la vache est un animal sacré dans la religion hindoue -  accompagnées de manifestations, parfois meurtrières, visant les bouchers musulmans.

Pourtant, les chiffres officiels de l’année dernière ont montré que le taux d’assiduité était passé de 93,5% à 98,97% dans l'Etat du Karnataka (sud-ouest) après que la distribution d’oeufs eut été étendue à six jours par semaine.

- "Oeuf étalon-or" -

Le mouvement Hare Krishna est l'un des principaux fournisseurs des cantines scolaires en Inde.

Leurs repas gratuits sont souvent les seuls pris chaque jour par des millions d'enfants pauvres du pays le plus peuplé de la planète - un milliard et demi d'habitants.

"Les repas de midi sont un moment essentiel dans les écoles primaires publiques", rappelle une enseignante de Calcutta, Raja Dey. "Les élèves s'y pressent en grand nombre les jours où ils proposent des oeufs".

Une étude publiée en 2021 par l'Institut de recherche international sur les politiques alimentaires que ce programme permis de réduire significativement les retards de croissances des enfants indiens.  

La décision de les retirer des menus a donc aussitôt inquiété pédiatres et diététiciens.

"Beaucoup de gens se trompent en pensant que les œufs sont la seule source possible de protéines", leur rétorque un porte-parole de Hare Krishna, Radharaman Das, en ajoutant que soja, fromage ou lentilles en constituent des substituts reconnus.

"Nous faisons en sorte que les protéines et vitamines que les enfants trouvaient dans les oeufs soient remplacées en quantités équivalentes voire supérieures dans tous nos menus", poursuit-il.

"Beaucoup de gens dans notre pays vivent de façon très saine en étant végétariens", renchérit le "ministre" local de l'Enseignement public, Dipak Barman.

Un argument qui n'a pas convaincu les scientifiques.

"Les substituts aux protéines d'origine animale n'ont pas la même valeur", a affirmé au magazine Frontline le Dr Sylvia Karpagam, et "l'oeuf est un aliment très complet, une sorte d'étalon-or en matière de protéines".

"En matière de nutrition, il faut discuter sur la base de faits", a-t-elle insisté, "sinon le pays risque un sérieux problème de nutrition et de santé publique".

str-sai/pa/lgo/vgu

© Agence France-Presse

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