France

Dans la prison de Fleury-Mérogis surpeuplée, un été de détention sous canicule

Published on juillet 18, 2026 at 08:36

Un détenu dans le quartier des hommes en détention provisoire de la prison de Fleury-Mérogis (Essonne), en Ile-de-France, le 16 juillet 2026 — SIMON WOHLFAHRT / AFP
Le député LFI Jean-François Coulomme tient un thermomètre indiquant 32,6°C dans une cellule de la division des femmes en détention provisoire à la prison de Fleury-Mérogis (Essonne), en région parisienne, le 16 juillet 2026 — SIMON WOHLFAHRT / AFP
Barbelés en haut d’une clôture de sécurité de la prison de Fleury-Mérogis (Essonne), en Ile-de-France, le 16 juillet 2026 — Simon WOHLFAHRT / AFP
Un détenu dans le quartier des hommes en détention provisoire de la prison de Fleury-Mérogis (Essonne), en Ile-de-France, le 16 juillet 2026 — SIMON WOHLFAHRT / AFP
Dans la prison de Fleury-Mérogis surpeuplée, un été de détention sous canicule

La sueur dégouline du visage exténué, exsude du corps entier, suinte jusqu'aux claquettes trempées que le prisonnier désigne au surveillant de Fleury-Mérogis (Essonne), plus grand centre pénitentiaire d'Europe, au sud de Paris : "Ce n'est pas de l'eau ça, capitaine !"

Transféré de la prison d'Avignon début juillet, l'homme a été placé à l'isolement par un juge. L'espace exigu où ce trentenaire au physique sec passe 22 heures chaque jour est une étuve confinée, dont la fenêtre ne s'ouvre pas, scellée. 

"Le juge a dit de me mettre à l'isolement, pas dans une cage à poules !", dit-il aux députés LFI Sandrine Nosbé et Jean-François Coulomme, accompagnés par l'AFP lors d'une visite parlementaire.

L'homme s'approche de l'embrasure de la porte pour sentir l'air un peu moins étouffant de la coursive. La nuit, explique-t-il, il colle son matelas au lourd battant, espérant capter le mince filet d'air sous la porte d'acier.

C'est encore le matin, le soleil ne frappe pas dans toute sa rigueur et la vague caniculaire s'éloigne enfin de la région parisienne. Pourtant, le thermomètre de Jean-François Coulomme livre son verdict : les murs affichent déjà 33°C.

"Ils sont en train de jouer avec mon cerveau, ils veulent me faire craquer", proteste, entre rage et désespoir, le détenu qui attend depuis deux semaines dans sa cellule nue que ses affaires lui soient livrées d'Avignon. "Je ne mérite pas ça", poursuit-il, les yeux soudain embués avant que la porte ne se referme.

- Le cancer de la surpopulation -

A Fleury-Mérogis, l'administration s'efforce de s'adapter. Dans la maison d'arrêt des femmes, les détenues peuvent, par exemple, se doucher chaque jour, les mères emprisonnées avec leur bébé passer la journée dans une pièce climatisée. 

Chez les hommes, chaque cellule est équipée d'une douche. "Cela aide à faire baisser la pression...", glisse un surveillant gradé. Même si un détenu se plaint que l'eau est trop chaude et que sa température ne peut être réglée.

Sans être insalubre comme d'autres établissements, la prison de Fleury-Mérogis n'est pas épargnée par le cancer d'une surpopulation carcérale chronique qui vaut à la France d'être avec la Turquie le cancre du continent européen, selon un récent rapport du Conseil de l'Europe.

"Prison France +catastrophal+", lâche dans son français rudimentaire un Polonais qui, avec son codétenu russe, a tendu sur la fenêtre grillagée, comme isolant de fortune, une épaisse couverture d'acrylique marron. Soudain, il s'interrompt pour écraser du pied un cafard qui court sur le mur. 

"Pour traiter, il faut que les cellules soient vides", précise Yvan Baron, directeur-adjoint de l'établissement. Or "cela n'arrive jamais", ajoute le responsable, qui décrit une "surpopulation galopante et inquiétante".

Au moment de la visite, plus de 500 matelas sont posés au sol des cellules, où s'entassent 5.100 détenus pour 2.800 places, soit une situation encore dégradée par rapport aux derniers chiffres officiels (176,5% d'occupation le 1er juin).

La trentaine d'entrées quotidiennes n'est pas compensée par les sorties, indique un surveillant. "La surpopulation, ça entraîne tout le reste : tensions avec le personnel, violences entre détenus. La chaleur n'arrange rien", souligne-t-il. 

- "Fais ta peine!" - 

"Ici, ça saigne tous les jours...", rappelle un cadre, "ils se disent que s'ils se battent, on leur trouvera une autre cellule". Possiblement moins exposée, moins surpeuplée, avec des détenus de même origine, de même religion ou partageant des affinités. Mais, dit un autre agent, prendre ces critères en compte, "c'est de moins en moins possible".

Tout comme il devient chimérique de respecter des règles basiques de la vie carcérale : l'encellulement individuel des condamnés, voire leur séparation des prévenus en attente de jugement.

Condamné à cinq ans de prison, un homme de 25 ans demande son transfert depuis plusieurs mois : "On me répond +On va voir+ ou +Il y a beaucoup de monde qui attend+..."

Actuellement, il partage sa cellule de 9 m2 avec deux codétenus, dont l'un dort par terre, sur un matelas recouvert d'un drap douteux, en attendant son procès le 18 août. Au mur, un graffiti : "N'écris pas ton nom. Fais ta peine et ferme ta gueule !"

L'encellulement individuel des condamnés est "mathématiquement" impossible à respecter, résume Yvan Baron. "On souhaiterait pouvoir le faire", renchérit Claire-Amélie Bertrand, directrice de la maison d'arrêt des femmes, qui accueille quelque 300 détenues pour 220 places. 

Dans une cellule double de 18 m2, six jeunes Sud-Américaines cohabitent, certaines condamnées à plusieurs années de détention. La nourriture leur convient, le personnel est respectueux, elles s'entendent bien et s'entraident, assurent-elles. 

Toutefois, trois griefs : appeler leurs familles est hors de prix; elles ne reçoivent aucune assistance de leurs consulats; et "Mucho calor"...  

ng/pab/mat/mpm/er

© Agence France-Presse

Latest stories