Afrique du Sud: deux militaires meurent dans une opération contre des mineurs clandestins
Deux soldats menant une opération des forces armées sud-africaines contre les activités minières illégales sont morts vendredi à Johannesburg en tombant dans un puits de mine, a indiqué à l'AFP une porte-parole de la police.
Ces décès sont les premières pertes militaires depuis que le président Cyril Ramaphosa a envoyé des troupes, en mars, pour renforcer les opérations de police contre la criminalité organisée et l'exploitation minière illégale. Baptisé "Opération Prosper", le déploiement militaire doit durer un an et mobilise plus de 2.200 soldats.
L'accident s'est produit dans une mine d'or désaffectée à l'ouest de Johannesburg alors que des soldats poursuivaient des mineurs clandestins présumés, localement appelés "zama zamas", a déclaré la porte-parole de la police, Athlenda Mathe.
Les soldats sont tombés dans un puits de mine vertical ouvert et abandonné, a-t-elle expliqué, ce qu'a confirmé l'armée.
L'armée sud-africaine (SANDF, pour South African National Defence Force) a précisé que le drame était survenu vers 06H00 (04H00 GMT).
L'identification des soldats décédés est en cours, a ajouté l'armée.
"La perte de ces courageux soldats est un coup dévastateur pour le pôle sécuritaire et pour la nation tout entière", a déclaré le ministre de la Police par intérim, Firoz Cachalia.
Les mineurs artisanaux clandestins, dont beaucoup sont originaires de pays voisins comme le Mozambique, le Zimbabwe et le Lesotho, se sont durablement installés dans les bidonvilles qui ceinturent Johannesburg et ses localités satellites, le long du filon aurifère.
Poussés par la pauvreté et le chômage, les "zama zamas" ("ceux qui essayent", en zoulou) descendent profondément dans des puits abandonnés par les compagnies minières où se trouve encore de l'or, ou en creusent de nouveaux.
Le secteur a été associé au crime organisé, à des assassinats, de l'extorsion et d'autres activités illégales.
- Campagne xénophobe -
La semaine dernière, les forces de sécurité ont arrêtés plus de 200 étrangers, la plupart sans papiers, lors d'une opération dans un puits de mine d'or à l'ouest de Johannesburg.
Plus d'une centaine d'entre eux étaient originaires du Lesotho, a indiqué la police. Des ressortissants du Mozambique, du Zimbabwe et d'Afrique du Sud ont également été arrêtés, et des armes à feu et des munitions ont été saisies.
Depuis le lancement de l'opération conjointe de la police et de l'armée dans la province du Gauteng (nord) où se trouve Johannesburg, au moins 793 personnes ont été arrêtées entre le 1er avril et le 30 juin, dont 595 migrants en situation irrégulière, selon la police.
Du matériel minier, notamment des groupes électrogènes, et 973.859 grammes de matériau aurifère ont également été saisis, selon la même source.
Parallèlement au renforcement de la lutte contre l'immigration clandestine, l'accident de vendredi intervient en pleine vague de manifestations et violences contre les migrants en Afrique du Sud.
Au moins 150.000 étrangers ont quitté le pays ces dernières semaines en réaction à la campagne xénophobe de manifestations, parfois violentes, lancée par une mosaïque d'organisations qui les accusent de prendre le travail des Sud-Africains, selon un décompte de l'AFP basé sur les chiffres communiqués par des pays africains ayant rapatrié leurs ressortissants.
Cet exode a commencé il y a plusieurs semaines lorsque les manifestants antimigrants ont exigé le départ avant le 30 juin de tous les immigrés en situation irrégulière. Les troubles qui ont suivi ont causé la mort d'au moins quatre étrangers (deux Mozambicains, un Ethiopien et un Malawite), selon la police.
Jeudi matin encore, la police a arrêté 69 personnes après qu'une manifestation contre les migrants a dégénéré en pillages et en violences près de Gqeberha (ex-Port Elizabeth, sud).
Première économie du continent, l'Afrique du Sud attire de nombreux migrants tout en étant en proie à un chômage massif (32%, et jusqu'à 42% chez les jeunes), des inégalités béantes - les plus exacerbées au monde, d'après le coefficient de Gini, un indicateur permettant de mesurer le degré d' inégalité des revenus d'un pays - et une criminalité très élevée (60 meurtres par jour en moyenne).
ho/giv/mba/liu
© Agence France-Presse
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