Accord entre le FMI et le Sénégal: et maintenant ?
Après deux ans de négociations épineuses, le Sénégal, lourdement endetté, a trouvé un accord avec le FMI en vue d'une aide d'environ 2,2 milliards de dollars. Mais que signifie ce prêt sur trois ans pour ce pays d'Afrique de l'Ouest ?
L'accord intervient après la suspension d'un précédent programme du FMI de 1,8 milliard de dollars conclu en 2023, à la suite de la découverte d'une dette "cachée" sous le précédent régime.
La dette publique du Sénégal, qui a atteint 132% du PIB fin 2024, est à un niveau alarmant et supérieur à d'autres nations ayant connu des crises similaires comme la Zambie, où la dette publique a été ramenée à 90% en 2025 après un pic de 124,3% en 2021.
L'accord doit encore être approuvé par le conseil d'administration du FMI, ce qui devrait se produire lors ou avant les assemblées annuelles du FMI en octobre.
Une fois validé, davantage de détails sur son contenu seront disponibles.
Le Sénégal recevra un premier décaissement après approbation, puis une seconde évaluation interviendra généralement environ six mois plus tard.
Le prêt du FMI est nettement inférieur aux besoins réels du Sénégal, mais il offre une base solide permettant au pays d'obtenir des financements supplémentaires.
"L'intérêt stratégique de l'accord réside donc moins dans son montant que dans l'effet de confiance et de levier qu'il peut produire auprès des bailleurs, créanciers et investisseurs", explique à l'AFP Amath Ndiaye, économiste et chercheur à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
Cet accord doit ouvrir au Sénégal la porte à des financements issus d'autres partenaires.
Si l'accord offre un répit à ce pays, il ne porte que sur la dette extérieure et non sur la dette libellée en CFA, qui connaît une croissance exponentielle.
Pour Robert Besseling, directeur général de Pangea-Risk, "cela signifie que le Cadre commun n'est qu'une partie de la solution", a-t-il commenté à l'AFP. "En réalité, ils doivent aussi procéder à une restructuration de la dette intérieure, sur laquelle le FMI n'a aucun mandat", a-t-il expliqué.
La restructuration de la dette intérieure "sera potentiellement encore plus douloureuse. Elle affectera les banques et institutions locales, mais aura également des effets de contagion", a-t-il relevé.
Le ministère sénégalais de l'Economie Cheikh Diba a annoncé mardi dans la foulée de l'annonce de l'accord avec le FMI un "Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS)". Le PTDS "n'est pas une restructuration, au sens de la restructuration classique", a martelé le ministre.
Ce terme de "restructuration" reste particulièrement sensible dans le pays.
Dans le passé, le puissant chef du parti Pastef et président de l'Assemblée nationale Ousmane Sonko - désormais vivement opposé au chef de l'Etat Bassirou Diomaye Faye - s'était prononcé contre une restructuration de la dette, estimant que cela compromettrait la souveraineté et l'autosuffisance du Sénégal. Après l'annonce de l'accord trouvé avec le FMI, M. Sonko a réclamé de la "transparence" et des précisions supplémentaires sur ce "traitement de la dette" et ce qu'il impliquerait pour le pays.
Le Sénégal a confirmé qu'il mettrait en oeuvre une "version renforcée" de ce qui est connu sous le nom de "Cadre commun du G20".
Ce mécanisme, mis en place par les pays les plus riches du monde en 2020, vise à aider les pays en difficulté à annuler une partie de leurs dettes, sous conditions strictes.
Or "le cadre commun, cela veut dire restructuration", estime de son côté Robert Besseling.
Le sujet reste sensible en raison des mesures d'économies, potentiellement impopulaires, qui seront demandées au gouvernement sénégalais en échange de l'aide du FMI.
"Le Sénégal devra mettre ses finances publiques sur le chemin de la soutenabilité", explique à l'AFP Abdoulaye Ndiaye, économiste sénégalais et professeur à la Stern School of Business de l'Université de New York.
Si le pays "a déjà fourni des efforts sur la transparence" de ses dépenses publiques, il y aura des "choix difficiles" à faire, sur les "projets à sanctuariser", alors que de nombreux Sénégalais sont accablés par les difficultés économiques et la vie chère.
Le FMI a par le passé été critiqué pour des coupes budgétaires drastiques (masse salariale publique, subventions, budgets sociaux...) et réformes structurelles (hausse de la fiscalité, privatisations, réforme du marché du travail) imposées aux Etats en échange de son aide.
Le ministre Cheikh Diba a d'ores et déjà annoncé que les subventions à l'énergie, pour contenir les prix de l'électricité notamment, seront désormais réservées aux seules familles "qui en ont besoin", excluant les couches aisées.
Le gouvernement sénégalais affirme toutefois que l'accord ne va pas impacter négativement les secteurs sociaux comme la santé et l'éducation, et qu'aucune nouvelle charge fiscale ne sera imposée aux ménages et aux entreprises.
Selon le ministre Cheikh Diba, la marge budgétaire dégagée par l'accord avec le FMI va également permettre de doubler le nombre de ménages pauvres bénéficiaires d'une aide trimestrielle, d'augmenter le budget d'une assurance-maladie et de payer la dette due aux entreprises privées.
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