A Marseille, entre sanction et frisson, la saison des plongeons bat son plein
Un court élan puis le grand saut dans l'eau translucide : les jeunes plongeurs de la corniche marseillaise bravent comme chaque été le danger et les autorités, attirant, grâce aux réseaux sociaux, de nouveaux adeptes parmi les touristes de passage.
A 14 ans à peine, "Dédé" s'élance depuis les rochers brûlants vers la Méditerranée, une dizaine de mètres plus bas. "J'ai commencé cette année, tous les jeunes ont fait ça", se targue l'adolescent qui préfère donner son surnom.
Accrochée entre ciel et mer, longue de trois kilomètres, la Corniche Kennedy offre en plein centre-ville un décor unique à ces adolescents casse-cou qui disent à l'AFP rechercher "l'adrénaline" et "le grand frisson", quitte à "parfois se faire très peur".
L'endroit a été romantisé dans "Corniche Kennedy" (2017), film tiré du récit éponyme de Maylis de Kerangal qui dépeint ce rituel comme une quête de liberté pour la jeunesse populaire marseillaise. L'ancien maire Jean-Claude Gaudin avait critiqué une oeuvre incitant selon lui les jeunes à imiter ces sauts aux conséquences - traumatismes, paralysie, hydrocution ou noyade - parfois lourdes ou fatales.
Dimanche encore, deux jeunes de 18 ans qui ont sauté depuis les rochers de la populaire plage des Catalans ont heurté violemment le fond, l'un d'eux étant grièvement blessé. En avril, un homme de 40 ans s'était noyé après un plongeon depuis une plage marseillaise.
Conscient des risques, Dominik, touriste allemand, enchaîne pourtant les figures depuis une impressionnante falaise rocheuse qu'il découvre juste. "Si les gens qui vivent ici plongent, tu te sens plus en sécurité", assure le jeune homme de 20 ans, torse nu et les pieds en sang à force de remonter par les rochers escarpés.
Son groupe, qui a attiré une dizaine de curieux, est finalement dispersé par la police municipale, craignant de recevoir une amende de 38 à 150 euros. Car depuis 2006, seuls les sauts de moins de trois mètres sont autorisés.
Pour dissuader, verbaliser ou secourir les plongeurs, la brigade maritime municipale, créée en 2023, patrouille désormais quotidiennement. Mais impossible d'être partout sur les 57 km du littoral marseillais.
Alors, explique à l'AFP Céline Lefléfian, directrice de la police municipale, la vigilance est accrue sur certaines zones de la Corniche "parce que c'est très haut et que ça peut être très dangereux, notamment au niveau de l'atterrissage".
A terre, ils sont aidés par une cinquantaine de médiateurs qui arpentent la Corniche tout l'été. "Le but, c'est de les décourager avant que les jeunes ne sautent", explique Louis Alexandre, 40 ans. "Ta mère, elle sait que tu es là-haut ? Tu veux finir en chaise roulante ?", lance-t-il à un adolescent rieur qui se résout à plonger beaucoup plus bas que prévu.
Pour le médiateur, la pression sociale et les réseaux sociaux poussent chaque année les jeunes à prendre des risques accrus. Romain, touriste suisse de 18 ans, assume ainsi de sauter "pour les caméras" après avoir "vu des vidéos sur internet" d'impressionnants plongeons dans la cité phocéenne.
La municipalité mise encore sur un autre outil de dissuasion : une convocation des adolescents en mairie devant élus, policiers municipaux, délégué du procureur et services administratifs.
Cette assemblée impressionne Samy, 14 ans, venu avec sa mère. Après un rappel à la loi, c'est surtout la diffusion d'un témoignage qui secoue l'adolescent : un influenceur marseillais, qui collectionnait des millions de vues de ses sauts dans les Calanques, raconte comment il a frôlé l'amputation après un plongeon mal maîtrisé.
"C'est vrai qu'on n'a pas envie de finir comme ça", concède Samy. Penaud, il s'engage par écrit à ne plus plonger. Comme lui, 22 personnes ont été convoquées l'an dernier plutôt que d'être verbalisées.
"Je lui avais déjà dit plusieurs fois de ne pas plonger, mais quand on n'est pas à côté d'eux, on ne sait pas ce qu'ils font", se désole sa mère Nathalie. Cette gérante d'une société de ménage espère l'installation de zones de plongeons encadrées, promises de longue date par la municipalité.
"Mais si c'est encadré, est-ce qu'on aura encore cette sensation de liberté ?", questionne, sourire aux lèvres, un jeune plongeur.
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