Afrique

Échaudés par la répression, des Zimbabwéens hésitants à défier le pouvoir

Published on Julho 29, 2026 at 17:35

Une femme marche le long d'une bannière vantant la réforme de la constitution devant le siège du parti au pouvoir Zanu-PF, à Harare, au Zimbabwe, le 8 juillet 2027. — Jekesai NJIKIZANA / AFP
Une femme lit le quotidien d'Etat The Herald à Harare au Zimbabwe, le 8 juillet, au lendemain de la promulgation de la nouvelle constitution par le président Emmerson Mnangagwa. — Jekesai NJIKIZANA / AFP
Une femme marche le long d'une bannière vantant la réforme de la constitution devant le siège du parti au pouvoir Zanu-PF, à Harare, au Zimbabwe, le 8 juillet 2027. — Jekesai NJIKIZANA / AFP

Depuis son échoppe exiguë d'Harare où il vend des accessoires de téléphones portables, Stephen Ngwere ne mâche pas ses mots contre la récente modification de la constitution. De là à suivre un appel à manifester vendredi, rien n'est moins sûr.

Les amendements récemment adoptés par le parlement suppriment l'élection au suffrage universel direct du chef de l'Etat, qui sera désormais désigné par le Parlement, et permettent au président Emmerson Mnangagwa, 83 ans, de rester au pouvoir deux ans après la fin de son second mandat, jusqu'en 2030.

Des partis d'opposition ont déposé des recours contre ces amendements, estimant qu'ils devraient être soumis à référendum et accusant le parti au pouvoir depuis l'indépendance en 1980, la Zanu-PF, de renforcer sa position hégémonique.

Dans le même temps, des appels ont fleuri sur les réseaux sociaux demandant aux Zimbabwéens de descendre dans les rues ou de rester chez eux en guise de protestation, vendredi 31 juillet.

"C'est maintenant à nous de résister à cette régression vers la tyrannie", déclare Stephen Ngwere, convaincu que les amendements promulgués le 7 juillet avaient réduit à néant l'espoir d'améliorer la vie souvent difficile des Zimbabwéens.

Les jeunes doivent "se mobiliser pour contribuer à changer le destin de notre nation", ajoute le trentenaire, qui attend de voir comme se déroulera la journée d'action vendredi pour y participer ou non.

Une nouvelle plateforme d'opposition, la Coalition du Peuple, formée par plusieurs figures de l'opposition pendant l'examen de la réforme constitutionnelle par un Parlement acquis à la Zanu-PF, est la principale organisation à avoir apporté son soutien à la journée d'action.

D'autres ont mis en garde contre les risques de participer à des manifestations d'ores et déjà interdites par un gouvernement accusé de longue date d'étouffer toute dissidence par des arrestations ou des enlèvements accompagnés de violences.

En avril 2025, une centaine de personnes avaient été arrêtées pour avoir pris part à de modestes rassemblements critiques du président Mnangagwa.

L'influent Conseil des Eglises du Zimbabwe a fait irruption dans le débat mardi, préconisant à son tour un référendum en raison d'une "polarisation nationale croissante" et de l'importante "contestation" suscitée par la modification de la Constitution.

L'institution a ajouté que toute manifestation devait être pacifique et que les autorités devaient s'abstenir de procéder à "des arrestations arbitraires, des punitions collectives, des actes d'intimidation ou de recourir à la force".

De son côté, la Zanu-PF, traversée par des divisions internes, assure que ces amendements vont apporter de la stabilité politique au pays enclavé, qui affiche un des taux de croissance les plus élevés d'Afrique australe.

Un rapport d'étape du FMI publié cette semaine indique que le Zimbabwe a enregistré une forte croissance de 8,3% en 2025, qui s'est poursuivie début 2026, soutenue par l'amélioration de la production agricole, une activité minière robuste et des cours de l'or favorables.

"On entend parler de croissance, mais ce n'est pas pour nous", déplore Tendai, une enseignante de 40 ans dans la deuxième ville du pays, Bulawayo, dont le salaire couvre à peine le loyer.

Opposée à la modification de la constitution "sans aucune équivoque", elle ne se voit pas descendre dans la rue faute, en l'état, d'un parti d'opposition convaincant, explique l'enseignante, qui ne souhaite pas donner son nom de famille par crainte de représailles.

Le "démantèlement systématique" de l'opposition au Zimbabwe et la "crainte d'une politique répressive persistante" ont laissé peu de place à une contestation organisée dans le pays, explique Brian Raftopoulos, analyste installé en Afrique du Sud.

L'absence de réaction publique aux amendements constitutionnels ne traduit pas un soutien tacite, mais "la peur, la fatigue politique (...) et un espace civique limité", abonde l'analyste Reason Wafawarova.

Joseph, un infirmier de Bulawayo qui peine à subvenir aux besoins de sa famille malgré ses heures supplémentaires, n'a pas l'intention de faire entendre sa voix vendredi, malgré son opposition aux amendements.

Sous couvert de l'anonymat, l'homme de 38 ans ne cache pas son amertume: "Nous nous dirigeons de fait vers un système de parti unique (...) Ces gens n'hésitent pas à tuer; ils feront n'importe quoi pour rester au pouvoir".

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