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"Croyance populaire" ou erreur judiciaire ? La Cour de révision tranche l'affaire Mis et Thiennot

Published on Julho 2, 2026 at 01:37

"Croyance populaire" ou erreur judiciaire ? La Cour de révision tranche l'affaire Mis et Thiennot
Quatre-vingts ans après le meurtre en 1946 d'un garde-chasse dans la brumeuse campagne de l'Indre, la Cour de révision doit sceller jeudi le sort du vieux dossier criminel de Raymond Mis et Gabriel Thiennot, objet...
"Croyance populaire" ou erreur judiciaire ? La Cour de révision tranche l'affaire Mis et Thiennot

Quatre-vingts ans après le meurtre en 1946 d'un garde-chasse dans la brumeuse campagne de l'Indre, la Cour de révision doit sceller jeudi le sort du vieux dossier criminel de Raymond Mis et Gabriel Thiennot, objet depuis des décennies d'une campagne pour leur réhabilitation.

Pour cette affaire d'après-guerre aux protagonistes aujourd'hui morts, devenue une légende locale dans le Berry où 31 communes ont des espaces publics à leurs noms, les partisans de l'innocence de Mis et Thiennot tiennent avec cette décision attendue à 11H00 leur unique chance de changer la fin de l'histoire.

Il aura fallu sept requêtes depuis 1952, et un amendement sur mesure dans une loi de 2021, pour que ce dossier arrive jusqu'à la Cour de révision et de réexamen, seule en mesure d'annuler leur condamnation à quinze ans de travaux forcés.

Sans se prononcer directement sur la culpabilité de Mis et Thiennot, la Cour doit toutefois dire si le dossier dans son état actuel, récemment expurgé de plusieurs pièces-clés de procédure obtenues par la violence par les enquêteurs, est de nature à créer un doute sur celle-ci.

Gabriel Thiennot et Raymond Mis étant décédés en 2003 et 2009, la tenue d'un nouveau procès sur le fond de l'affaire serait impossible. En cas d'annulation de leur condamnation, les deux mis en cause resteraient donc présumés innocents et se verraient ainsi réhabilités.

"Dans ce dossier il n'y a aucun doute: ce ne sont pas eux les coupables. Ils ont eu à pâtir d'une enquête policière qui était menée par des ganaches, avec des méthodes de la Gestapo", a lancé aux treize juges Thierry Thiennot, avec la colère du fils convaincu, lors de l'audience d'examen de la requête le 11 juin.

Dans une chambre criminelle comble, l'avocat général Pascal Bougy s'est opposé à une telle révision. Appelant la Cour à résister à "la pression de l'opinion publique" et à la "croyance populaire", il a estimé qu'il n'existe pas d'élément nouveau par rapport à ceux dont disposait la cour d'assises en les condamnant.

- Corps criblé de plombs -

Le 31 décembre 1946, deux jours après sa disparition, le corps du garde-chasse Louis Boistard est retrouvé criblé de plombs à Saint-Michel-en-Brenne (Indre), à moitié immergé dans un étang.

L'enquête s'oriente rapidement vers un conflit avec un groupe de chasseurs qui aurait été contrôlé par Louis Boistard le jour des faits. Suite à une altercation, Raymond Mis et Gabriel Thiennot auraient fait feu.

Arrêtés, les deux suspects passent aux aveux devant les policiers et le juge d'instruction. Mais ils reviennent dessus quelques jours plus tard et clament par la suite leur innocence. 

En 1950, après deux procès annulés par la Cour de cassation, la cour d'assises de Gironde les condamne à quinze ans de travaux forcés.

Cette nouvelle requête en révision a été rendue possible par un amendement sur mesure ayant élargi les possibilités de saisine de la Cour de révision aux condamnations prononcées "à la suite d'aveux obtenus par l'usage de la torture".

"La Cour de révision ne saurait entériner, en 2026, une procédure piétinant tant de droits fondamentaux", a plaidé devant elle Jean-Pierre Mignard, avocat des héritiers de Mis et Thiennot avec son confrère Pierre-Emmanuel Blard.

Mais l'innocence de Mis et Thiennot ne fait pas l'unanimité, a tempéré à cette même audience François Saint-Pierre, avocat de la fille de Louis Boistard, cinq ans au moment du meurtre de son père, 85 aujourd'hui.

"C'est une croyance collective à laquelle tout le monde est censé adhérer mais qui n'a plus aucune connexion avec la réalité. C'est cela qui est grave. Dans notre République, qui repose sur la liberté de conscience, il ne peut pas y avoir de mythe qui repose sur une fable, et notamment une fable mensongère", a mis en garde le pénaliste.

Si Mis et Thiennot sont réhabilités, cela signifierait pour sa cliente que "le meurtre de son père resterait une énigme, sans responsable", a-t-il regretté.

Les révisions de condamnations pénales criminelles sont extrêmement rares en France - une douzaine depuis 1945.

amd/asl/sp

© Agence France-Presse

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