Budget : Lecornu demande un effort sur les dépenses de l'Etat pour "l'exemple"
Sébastien Lecornu a demandé mardi à ses ministres un effort supplémentaire sur les dépenses en 2027, qu'il veut "strictement au même niveau" de celles de 2026, continuant d'égrener ses mesures pour trouver 30 milliards d'euros d'économies.
Dans un courrier à ses ministres, le Premier ministre annonce avoir rouvert les "lettres-plafonds" qui fixent le montant maximum des dépenses des ministères, afin que celles de l'État, hors défense, soient maintenues "strictement au même niveau" que celles de 2026.
Il explique cette décision par "un nouveau choc" sur les prix de l'énergie lié à la guerre au Moyen-Orient, qui "pèse" sur les entreprises et le pouvoir d'achat, devenu un thème majeur de la campagne présidentielle, alors que les appels à la mobilisation contre la vie chère font craindre une résurgence de mouvements du type des "gilets jaunes".
Cet "effort supplémentaire", selon M. Lecornu, vise à "préserver des marges de manœuvre" politiques pour le débat parlementaire qui s'annonce enflammé sur les budgets de l'Etat et de la Sécurité sociale, dans un contexte de finances publiques dégradées aussi par la hausse des taux d'intérêt de la dette.
Au titre déjà de "l'exemplarité" et pour préparer symboliquement les esprits à des "décisions difficiles", le Premier ministre avait annoncé vouloir réduire les indemnités de ses ministres.
Faisant flèche de tout bois dans sa recherche d'économies, M. Lecornu a également envoyé mardi une lettre à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen au sujet de l'amende record de plus de 4 milliards d'euros infligée à Google pour abus de position dominante et confirmée en juillet par la justice européenne. Un magot qui doit se traduire par "une réduction des contributions des Etats membres", plutôt que pour "financer des dépenses supplémentaires", a exhorté le Premier ministre.
Sur le plan national, le gouvernement entend mettre à contribution les retraités à hauteur de 6 milliards d'euros, même s'ils "ne porteront pas l'effort central" du budget, a assuré sa porte-parole Maud Bregeon.
Le gouvernement étudie en priorité deux pistes : la désindexation des pensions les plus élevées par rapport à l'inflation ou la suppression partielle voire totale de l'abattement de 10% sur les pensions et rentes dont bénéficient les retraités. Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a évoqué une troisième voie : augmenter le taux de CSG sur les pensions, pour qu'il se rapproche de celui payé par les salariés.
Les ministres concernés entament cette semaine des consultations sur le sujet avec les groupes politiques, Sébastien Lecornu les incitant à "rechercher, partout où cela est possible, les voies d'un accord".
Car face aux différents cas de figure pour faire passer le budget (vote, 49.3, loi spéciale ou ordonnances), il ne veut se "laisser enfermer dans aucun scénario", sa "seule boussole" étant de "parvenir à un compromis" pour "disposer d'un budget dans des délais raisonnables".
Outre les retraités, Sébastien Lecornu avait évoqué une "réforme" des arrêts maladie et engagé en août un déremboursement des médicaments jugés inefficaces.
Au nom de la "stabilité fiscale", M. Lecornu n'a pas non plus supprimé la surtaxe exceptionnelle sur les grandes entreprises, qui rapporte 8 milliards d'euros par an. Il a juste concédé de la "diminuer" espérant préserver une politique de l'offre qu'il estime source de croissance.
Autant de pistes qui seront sur la table du séminaire gouvernemental jeudi.
Reste à savoir sur quels objets les discussions peuvent se nouer, alors que le gouvernement ne dispose plus de l'argument massue de 2026 - la suspension de la réforme des retraites - qui lui avait permis d'obtenir une non censure du PS.
La candidate du Rassemblement national Marine Le Pen a semblé faire un geste d'ouverture en donnant samedi sa préférence à l'adoption d'un budget même "imparfait", tout en exposant de nombreuses lignes rouges.
L'élaboration du budget 2027 relève d'autant plus du casse-tête que l'été caniculaire a fait promettre à Matignon d'épargner le budget de la Transition écologique tout en débloquant 1,3 milliard d'euros pour les agriculteurs victimes de la sécheresse.
Signe d'une forme de fébrilité face à cette équation budgétaire insoluble, Sébastien Lecornu a tenu à garder la maitrise des discussions, en saisissant la justice sur des fuites dans la presse.
En contrepartie des pilules amères, l'exécutif tente de distiller quelques mesures "sucrées".
Le gouvernement a ainsi mis en lumière samedi des mesures pour favoriser les donations familiales. Il a aussi assuré qu'il ne "gèlerait" pas le barème de l'impôt sur le revenu susceptible d'augmenter mécaniquement la fiscalité.
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