Municipales : deux conquêtes importantes de LFI, près de Lyon, menacées en justice
Deux des principaux trophées remportés par LFI aux municipales de mars, Vaulx-en-Velin et Vénissieux dans la banlieue lyonnaise, pourraient être remis en jeu, la rapporteure publique du tribunal administratif ayant recommandé lundi l'annulation des scrutins.
Des irrégularités commises par d'autres listes, l'une centriste et l'autre du Rassemblement national, ont pu avoir une influence sur des résultats extrêmement serrés, a estimé la magistrate dans un avis qui a suscité une réaction courroucée de Jean-Luc Mélenchon.
"Dans les deux cas, sont en cause la mauvaise surveillance préfectorale et des actes des listes battues", a écrit le leader de la France insoumise sur X, dénonçant une situation "où l'incompétence vient servir des manipulations politiques".
Après Saint-Denis et Roubaix, Vénissieux (65.000 habitants) et Vaulx-en-Velin (53.000) sont les troisième et quatrième plus grandes villes de France métropolitaine remportées par LFI en mars, mais à chaque fois d'une courte tête.
A Vaulx-en-Velin, le député LFI Abdelkader Lahmar a battu la sortante socialiste Hélène Geoffroy, avec 104 voix d'avance. A Vénissieux, Idir Boumertit, également député LFI, a conquis la mairie, un bastion communiste depuis des décennies, contre la sortante Michèle Picard, de 25 suffrages seulement.
A Vaulx-en-Velin, une liste divers centre a recueilli 693 voix au second tour, mais elles ont été invalidées parce que la tête de liste, Christine Bertin, avait omis, "de bonne foi", de mentionner sur ses bulletins de vote la nationalité néerlandaise d'une colistière comme l'impose le code électoral.
Cette dernière avait saisi la justice administrative pour contester l'annulation des voix en sa faveur, au motif que la préfecture et la commission électorale ne l'avaient informée de cette irrégularité que quelques heures avant le deuxième tour.
Au regard du faible écart de voix, la rapporteure a estimé que l'annulation de ses bulletins était bien de "nature à remettre en cause la sincérité de l'ensemble de l'élection".
"On n'a commis aucune irrégularité (...), si jamais des élections devaient être rejouées pour une faute commise par une commission électorale, ce serait déplorable, cela engendre des frais et de l’énergie", a commenté Abdelkader Lahmar pour l'AFP.
Concernant Vénissieux, sont en cause des fausses déclarations de domiciliation de la tête de liste d'extrême droite RN-UDR, Quentin Taïeb, et de certains colistiers, avec une "intention frauduleuse", a considéré la rapporteure.
Cette liste est arrivée en quatrième position au second tour avec 1.361 suffrages et la magistrate a aussi estimé, au regard du faible écart de voix entre les listes Boumertit et Picard, que la sincérité de la totalité de l'élection était remise en cause.
Contacté par l'AFP, Idir Boumertit n'a pas réagi dans l'immédiat.
Le tribunal a mis son jugement en délibéré à une date non précisée.
Les avis des rapporteurs publics sont suivis dans la grande majorité des cas devant les juridictions administratives. Si c'était le cas dans ces dossiers, les parties pourraient faire un recours suspensif devant le Conseil d'Etat. Les maires et leurs conseils municipaux resteraient en fonction jusqu'à la décision de cette juridiction et, le cas échéant, une nouvelle élection.
Abdelkader Lahmar et Idir Boumertit, qui n'ont pas encore choisi entre leurs mandats de maire et de député comme le leur impose la loi sur le non cumul, pourraient continuer à siéger à l'Assemblée nationale jusqu'à cette échéance.
Lundi également, le tribunal administratif de Lyon était saisi d'un recours en annulation de l'ancien patron de l'Olympique lyonnais, Jean-Michel Aulas, candidat malheureux du centre et de la droite à la mairie de Lyon, face au maire écologiste sortant Grégory Doucet allié aux socialistes et aux communistes.
Entre les deux tours, ce dernier avait conclu un accord de "fusion technique" avec la candidate LFI Anaïs Belouassa-Cherifi et l'avait emporté avec 2.762 voix d'avance.
Cette fois, la rapporteure publique n'a pas préconisé l'annulation du scrutin, estimant notamment que de légères différences et d'intensité de la couleur utilisée sur le matériel électoral du camp Doucet, comme le reprochait le camp Aulas, n'était pas de nature à avoir changé le résultat du vote.
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