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Macron reçoit le prince héritier saoudien, entre rapprochement stratégique et contrats économiques

Published on August 24, 2026 at 11:50

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, à droite, et le président de la République Emmanuel Macron à sa gauche, le 23 août 2026, à Paris — Teresa SUAREZ / AFP
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, à droite, et le président de la République Emmanuel Macron à sa gauche, le 23 août 2026, à Paris — Teresa SUAREZ / AFP

Après un début de visite à Paris consacré dimanche à l'esport, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane retrouve lundi Emmanuel Macron pour une journée largement consacrée aux crises géopolitiques et au renforcement des liens économiques, illustrant le rapprochement assumé entre Paris et Riyad.

De l'Iran au Liban en passant par l'énergie et la défense, celui qui est surnommé "MBS" est devenu un interlocuteur incontournable au Moyen-Orient. Paris entend préserver son influence dans la région tout en développant une relation économique appelée à prendre de l'ampleur entre les deux pays.

Dimanche, aux côtés du président français, le prince héritier saoudien a assisté à Paris à la finale de l'Esports World Cup, organisée pour la première fois hors d'Arabie saoudite.

Lundi, les deux dirigeants présideront la première réunion du Conseil de partenariat stratégique franco-saoudien, créé lors de la visite d'Emmanuel Macron à Riyad fin 2024.

Gaza et la solution à deux Etats pour Israël et la Palestine, le Liban, la Syrie ainsi que la recomposition des équilibres au Moyen-Orient seront au coeur des discussions.

Paris suit avec attention le renforcement des liens sécuritaires de Riyad avec d'autres puissances, notamment après l'accord de défense conclu début août entre l'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan.

Mohammed ben Salmane, qui dirige de facto le royaume saoudien, a parcouru en quelques années un chemin spectaculaire: marginalisé après l'assassinat en 2018 du journaliste saoudien Jamal Khashoggi au consulat saoudien d'Istanbul, il est désormais un partenaire stratégique courtisé par les grandes puissances.

En 2021, les services de renseignement américains avaient conclu que le prince héritier avait approuvé une opération visant à capturer ou tuer le journaliste. Celui-ci a toujours nié avoir ordonné son meurtre.

Sa réception à l'Elysée en juillet 2022 avait suscité la colère des ONG de défense des droits humains et de plusieurs opposants.

La guerre déclenchée par la Russie en Ukraine en février 2022 et les bouleversements énergétiques a alors rappelé le poids de Riyad.

L'Arabie saoudite reste un acteur majeur du marché pétrolier, tandis que le royaume cherche à renforcer son autonomie diplomatique en développant ses relations avec Washington, Pékin et Moscou.

Sur le plan diplomatique, l'Arabie saoudite et la France ont coprésidé à l'ONU en juillet 2025 une conférence internationale visant à relancer la solution à deux Etats et à créer une dynamique en faveur de la reconnaissance de l'Etat palestinien, avec des engagements sur la réforme de l'Autorité palestinienne, le désarmement du Hamas et la sécurité d'Israël.

Les deux pays doivent aussi co-organiser une conférence pour soutenir les forces armées libanaises et l'intégrité territoriale du Liban, qui a été repoussée sine die en mars en raison du déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l'Iran.

A Paris, lundi, l'autre volet de la visite sera économique.

Un forum réunira grands patrons français et responsables saoudiens autour de secteurs variés: énergie, tourisme, culture, intelligence artificielle, jeu vidéo, quantique, transports ou santé.

L'enjeu est de positionner les entreprises françaises sur les gigantesques chantiers de la "Vision 2030", le plan lancé en 2016 par Mohammed ben Salmane pour diversifier l'économie saoudienne et réduire sa dépendance aux hydrocarbures.

Les Français souhaitent également participer aux préparatifs de l'Exposition universelle de Riyad en 2030, tandis que Paris cherche à attirer davantage de capitaux saoudiens.

"Les choses sont encore en discussions pour certains projets, mais il y aura beaucoup, beaucoup d'accords économiques dans différents secteurs qui seront signés lundi", a assuré vendredi la présidence française.

Début août, une source proche du dossier évoquait à l'AFP un projet "très bien avancé" entre les autorités françaises et une société d'investissement saoudienne pour implanter en région parisienne un parc d'attractions inspiré du célèbre manga japonais Dragon Ball.

Au niveau ministériel, une réunion se tiendra également lundi pour discuter de la diversification des routes d'approvisionnement énergétique, alors que le détroit d'Ormuz, voie de transit stratégique pour les hydrocarbures, reste verrouillé par l'Iran.

Le rapprochement avec Riyad suscite toutefois des critiques: plusieurs syndicats de journalistes français ont condamné dimanche la visite du dirigeant saoudien, la qualifiant de "provocation" envers les défenseurs de la liberté de la presse.

Une plainte contre le prince héritier pour "tortures et disparitions forcées", déposée en 2021 par Trial International et Reporters sans frontières concernant l'assassinat de Jamal Khashoggi, est en cours d'instruction, ont-ils rappelé.

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