France

L'afflux migratoire à Ceuta s’invite dans le débat politique français

Published on July 31, 2026 at 16:54

Le président Emmanuel Macron le 13 juillet 2026 à Paris — Teresa SUAREZ / AFP
Marine Le Pen sur le plateau du 20h00 de TF1 le 7 juillet 2026 à Boulogne-Billancourt, près de Paris — Christian Hartmann / AFP
Le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure le 6 juillet 2026 à l'Assemblée nationale à Paris — JULIEN DE ROSA / AFP
Le président d'Horizons Edouard Philippe en meeting le 5 juillet 2026 à Paris — SIMON WOHLFAHRT / AFP
Le président Emmanuel Macron le 13 juillet 2026 à Paris — Teresa SUAREZ / AFP

La crise à Ceuta s'invite dans le débat politique français : la droite et l'extrême droite accusent le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez d'avoir favorisé l'afflux de migrants dans l'enclave espagnole. La gauche crie aux "mensonges" et à la manipulation à quelques mois de la présidentielle.

Environ 60.000 migrants ont passé ces derniers jours illégalement la frontière entre le Maroc et Ceuta, enclave espagnole située sur la continent africain, Pedro Sánchez dénonçant "une violation de l'intégrité territoriale de l'Espagne".

Il était difficile vendredi de savoir clairement ce qui a provoqué cette soudaine arrivée en masse. Le gouvernement espagnol a annoncé que 25.000 migrants étaient déjà repartis au Maroc vendredi.

En attendant, le chef de l'Etat, Emmanuel Macron, a demandé à Laurent Nuñez de "renforcer les contrôles à la frontière avec l'Espagne". Le ministre de l'Intérieur a activé la "Force frontière d’intervention rapide pour des contrôles en profondeur" en ce sens.

A huit mois du premier tour de la présidentielle, la crise migratoire chez le voisin espagnol a tiré la classe politique française de sa torpeur estivale.

Extrême droite et droite en tête, s'appuyant sur les spectactulaires images diffusées sur les réseaux sociaux montrant des centaines de jeunes franchissant la frontière, se sont vite engouffrées dans la brèche. Avec dans leur viseur Pedro Sánchez et sa politique de régularisation de sans-papiers.

Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national (RN) à la présidentielle, a fustigé sur X les "entrées massives et coordonnées" des derniers jours, selon elle, "encouragées par le gouvernement espagnol".

En cause, d'après elle, l'adoption par l'Espagne en début d'année d'un plan de régularisation massif de sans-papiers qui concernera environ 500.000 personnes, une mesure qui doit permettre de soutenir la croissance économique du pays.

A l'instar de plusieurs pays européens - dont l'Italie de Georgia Meloni, le Danemark ou la Finlande - le président du RN, Jordan Bardella, a demandé à l'UE d'"immédiatement" suspendre l'Espagne de l'espace Schengen et appelé à une "réunion en urgence" au Parlement européen.

A droite, le candidat à la présidentielle Bruno Retailleau (LR) pointe également avec virulence la responsabilité du gouvernement Sánchez et demande aussi la "suspension" du pays de l'espace Schengen.

Face à ces accusations, la gauche dénonce une manipulation politique. 

"Mensonges", a réagi le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure.

"Accuser le plan de régularisation par le travail du gouvernement espagnol achevé le 30 juin, tout comme demander l’exclusion de l’Espagne de l’espace Schengen alors que la ville autonome de Ceuta, enclave espagnole en Afrique du Nord, est déjà soumise à des mesures dérogatoires de contrôle aux frontières sont tout simplement des mensonges", a-t-il dénoncé.

"Plutôt que d’instrumentaliser la situation (...) nous devrions demander une coordination européenne pour de l’aide humanitaire", a commenté le leader de LFI, Jean-Luc Mélenchon, également candidat, alors que 34 migrants sont morts en essayant d'entrer à Ceuta.

L'UE s'évertue à dire que cette crise concerne spécifiquement l'enclave espagnole, rappelle qu'elle se situe sur le continent africain et que des contrôles supplémentaires sont nécessaires pour accéder au continent européen, où aucun mouvement n'a jusqu'ici été détecté.

Mais même au sein du bloc central, des voix se sont élevées pour fustiger la politique migratoire espagnole, notamment le candidat à la présidentielle Edouard Philippe (Horizons).

"Il n’est pas acceptable qu’un pays puisse seul décider de régularisations massives qui créent un appel d’air pour tout le continent", a-t-il accusé sur X, ajoutant qu'il proposera "que ce modèle soit remis totalement à plat" s'il accédait à l'Elysée.

Sans faire porter la responsabilité au gouvernement espagnol, le patron de Renaissance Gabriel Attal, également dans la course à l'Elysée, a demandé à l'UE "d'engager un rapport de force inédit vis-à-vis des pays tiers et des réseaux criminels de passeurs". Il exhorte aussi à la mise en oeuvre du Pacte européen sur la migration et l'asile, adopté en 2024 mais dont une grande partie nécessite encore d'être transposée en droit français.

L'Espagne est l'une des trois principales portes d'entrée de l'immigration en Europe, avec l'Italie et la Grèce. Près de 37.000 migrants irréguliers sont entrés en 2025 en Espagne, un chiffre en forte baisse par rapport à 2024 (-42,6%, 64.000 arrivées), selon le ministère de l'Intérieur.

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