Le Parlement taïwanais ouvre la porte à Starlink
Soucieux de sécuriser ses moyens de communication en cas de conflit avec la Chine, le Parlement taïwanais a donné son feu vert mardi au développement par l'entreprise américaine Starlink de son réseau internet par satellites sur l'île.
L'opérateur taïwanais Chunghwa Telecom a conclu des accords avec plusieurs sociétés étrangères de télécommunications par satellite afin de disposer de solutions de secours en cas de guerre ou de catastrophe naturelle, mais pas avec Starlink.
Alors que Taïwan ne dispose pas de ses propres satellites en orbite terrestre basse et dépend de câbles sous-marins pour se connecter au reste du monde, les députés ont estimé que cela n'était pas suffisant.
Selon eux, la loi sur la gestion des télécommunications, qui impose aux opérateurs de télécommunications d'avoir un président taïwanais et limite la participation étrangère à 49%, a dissuadé l'entreprise d'Elon Musk qui domine le secteur avec des milliers d'engins en orbite terrestre basse et des activités dans des dizaines de pays.
Mais ces changements ne garantissent pas que Starlink sera intéressé par la mise à disposition de son service satellite sur l’île.
Lors d'un rare moment d'unité au sein d'un Parlement profondément divisé, les députés du Parti démocrate progressiste du président Lai Ching-te se sont ralliés à l'opposition pour approuver les modifications de la loi.
Les autorités qui seront tenues de prendre en considération la sécurité nationale, la sécurité des réseaux, la concurrence sur le marché et d'autres facteurs au moment de prendre leur décision, pourront procéder à des examens au cas par cas, ouvrant la porte à des exemptions pour certains groupes comme Starlink.
"Il s'agit d'une étape cruciale pour Taïwan, qui entre dans une nouvelle ère des communications internationales par satellite et s'attache à bâtir une nation numérique résiliente", a déclaré Huang Chien-hao, député du Kuomintang, dans un communiqué.
Les amendements seront transmis au président pour signature et entrée en vigueur.
Le cabinet de M. Lai a déclaré que ces changements " favorisent le développement futur de services de communication par satellite plus diversifiés et renforcent la résilience des communications".
Pékin considère Taïwan comme partie intégrante de son territoire et n'exclut pas de recourir à la force. Le gouvernement actuel de Taipei estime au contraire que l'île est un Etat souverain.
En février 2023, deux lignes de cables sous marin desservant l'archipel de Matsu, à Taïwan, ont été coupées, perturbant les communications pendant plusieurs semaines.
Taïwan a également tiré les leçons de l'expérience ukrainienne, où Starlink a contribué à maintenir les communications sur le front.
Toutefois, certains se montrent réticents à l’idée de trop dépendre de Starlink après qu'Elon Musk a admis avoir empêché une attaque ukrainienne contre des navires de guerre russes en coupant l’accès à Internet.
Les liens commerciaux de M. Musk avec la Chine et ses précédentes déclarations selon lesquelles Taïwan devrait faire partie de la Chine ont également suscité de la colère dans l’île.
Au sujet de l'intérêt éventuel de Starlink pour Taïwan, le ministre des Affaires numériques, Lin Yi-jing, a rapporté en mai sur Facebook que l'entreprise avait récemment indiqué que l'île n’était pas "un marché hautement prioritaire", invoquant sa "petite taille et sa forte densité de population", ainsi qu’une couverture de la population en 4G et 5G avoisinant les 100%.
"Cela reflète peut-être la véritable position de Starlink, ou il s’agit peut-être d’une tactique de négociation", avait-il ajouté.
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