Afrique du Sud: "aucun signe" d'accalmie des violences xénophobes, selon le gouvernement nigérian
La situation des ressortissants étrangers en Afrique du Sud se détériore, a affirmé lundi la ministre des Affaires étrangères nigériane, qui appelle de nouveau les autorités sud-africaines à enquêter sur la mort de deux Nigérians intervenue selon elle dans le cadre d'une virulente campagne antimigrants.
Depuis plusieurs mois, l'Afrique du Sud est le théâtre de manifestations, parfois violentes, organisées par une mosaïque d'organisations citoyennes soutenues par plusieurs partis politiques qui accusent les immigrés sans papiers de prendre le travail des Sud-Africains.
Cette campagne, largement relayée par les chaînes de télévision et alimentée par des messages xénophobes en ligne, s'est accompagnée d'intimidations et de violences qui ont déjà conduit plusieurs dizaines de milliers d'étrangers - pour certains en situation régulière - à fuir le pays.
"Aucun signe n'indique que la situation s'améliore", a déclaré Bianca Odumegwu-Ojukwu, en annonçant de nouveaux vols d'évacuation.
Le Nigeria a déjà organisé le rapatriement de plusieurs centaines de ses ressortissants par avion.
Mme Odumegwu-Ojukwu a de nouveau appelé les autorités sud-africaines à enquêter sur les décès de deux Nigérians, Musa Yunana Joe et Charles Iroegbu, survenus selon elle dans le contexte des "manifestations xénophobes en cours et des attaques contre les migrants".
La police sud-africaine a indiqué que la mort du premier, tué par balle, ne semblait pas liée aux manifestations.
Et elle a jugé "dénuées de tout fondement" les tentatives de lier le deuxième décès aux manifestations, affirmant qu'il est survenu lors de l'arrestation de Charles Iroegbu pour possession présumée de drogues. Selon la police, l'homme s'est effondré au moment de son interpellation et les urgentistes n'ont pas pu le réanimer.
Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères sud-africain, Chrispin Phiri, a demandé aux autorités nigérianes de fournir des précisions sur leurs allégations, précisant que le gouvernement sud-africain a demandé à plusieurs reprises au Haut-Commissariat du Nigeria de transmettre "toute information susceptible de donner lieu à des poursuites".
Les décès de ressortissants étrangers ont suscité une attention particulière de la part de leurs pays d'origine dans un contexte de fortes tensions, même si l'Afrique du Sud est confrontée de longue date à un niveau élevé de criminalité, avec 60 homicides quotidiens.
Les violences qui ont accompagné la campagne antimigrants ont fait au moins quatre morts - deux Mozambicains, un Malawite et un Ethiopien - et ont été marquées par des pillages et incendies volontaires de commerces.
La semaine dernière, le Ghana et l'Afrique du Sud avaient connu un regain de tension diplomatique à la suite de la mort d'un ressortissant ghanéen.
Pretoria a affirmé que le décès de ce ressortissant, Bashiru Isak, n'était pas lié aux manifestations antimigrants.
Depuis le 7 juin, plus de 35.000 personnes ont été expulsées ou ont fui le pays, selon un décompte des autorités sud-africaines établi la semaine dernière.
Lundi, la police sud-africaine a indiqué avoir arrêté 6.800 immigrés en situation irrégulière entre le 29 juin et le 5 juillet.
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© Agence France-Presse
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