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"Après la prison, c'est le vide": des anciens détenus s'entraînent au retour à l'emploi

Published on July 3, 2026 at 11:58

D'anciens détenus participent à une journée organisée par la Fondation M6, qui oeuvre pour leur réinsertion, dans un garage Norauto, à Villeneuve-d'Ascq, le 24 juin 2026
D'anciens détenus participent à une journée organisée par la Fondation M6, qui oeuvre pour leur réinsertion, dans un garage Norauto, à Villeneuve-d'Ascq, le 24 juin 2026
D'anciens détenus participent à une journée organisée par la Fondation M6, qui oeuvre pour leur réinsertion, dans un garage Norauto, à Villeneuve-d'Ascq, le 24 juin 2026
"Après la prison, c'est le vide": des anciens détenus s'entraînent au retour à l'emploi

"Qu'avez-vous fait ces trois dernières années ?", demande un recruteur à un ancien détenu lors d'un entretien d'embauche fictif. Trou dans le CV, casier judiciaire, bracelet électronique: après la prison, le retour à l'emploi, pourtant considéré comme clé pour la réinsertion, reste compliqué.

"J'ai été incarcéré pour trafic de stupéfiants. C'était une erreur de parcours...", répond Lotfi, 23 ans, actuellement en semi-liberté. 

La scène se déroule chez Norauto, à Villeneuve-d'Ascq près de Lille, où six anciens détenus participaient fin juin à une journée organisée par la Fondation M6, qui oeuvre pour la réinsertion des personnes placées sous main de justice.

"Vous, on vous appelle les gens normaux. Vous avez une vie, un travail, des horaires. C'est bien d'aller voir des gens normaux. Rester au quartier nous mène nulle part", lance Khalifa, 27 ans, sous bracelet électronique après deux séjours en prison pour trafic de stupéfiants.

Après des ateliers destinés à reprendre confiance en eux, des responsables des ressources humaines du centre de maintenance automobile les conseillent sur la rédaction d'un CV, la préparation d'un entretien et les questions les plus délicates: faut-il parler de son incarcération ? Comment justifier plusieurs années sans activité ?

"Après la prison, ils nous laissent nous débrouiller tout seuls. C'est le grand vide", raconte Khalifa. Lors des recrutements, il hésite à parler de son passé. "On essaie de ne pas trop le dire. Mais il y a le trou dans le CV, le bracelet... Je dois expliquer que je dois respecter certains horaires".

Après sa première sortie de prison, il dit avoir envoyé "des CV partout", sans obtenir de réponse. Cette fois, il s'est fixé un objectif: retrouver un emploi en un mois. "Sans travail, tu dérailles. Tu n'as pas d'argent, tu risques de replonger".

Lotfi, 23 ans, partage son inquiétude. "Il y a l'appât du gain quand on sort de prison si on se retrouve sans rien". Son projet est de devenir coach sportif. "Je veux me faire aider. J'ai peur de retomber dans la délinquance, de retourner en prison. Je veux que ma mère soit fière de moi."

- Éviter la récidive -

Enzo aussi préfère taire son passage en détention. "Je dis que je suis resté chez moi". Face à lui, deux conseillers plaident au contraire pour la transparence. "Si tu assumes, que tu dis +j'ai payé, j'ai compris+, on se dira: +il veut s'en sortir+. Ça donne envie de te donner ta chance".

Le rêve d'Yvana, 28 ans, était de devenir aide-soignante. "Mais je ne peux plus, à cause de mon casier", souffle cette Guyanaise, condamnée pour avoir servi de "mule" pour de la drogue et toujours sous bracelet électronique. Elle cherche désormais un emploi dans la restauration. "On postule, on postule, mais il n'y a pas de retour".

Selon la Fondation M6 et les chiffres du ministère de la Justice, environ six personnes libérées sur dix récidivent dans les cinq ans suivant leur sortie de prison.

Or, l'emploi est "le point d'entrée pour éviter la récidive", souligne Emmanuelle Tanneau, déléguée générale adjointe de la Fondation M6. 

Mais les anciens détenus "ont un lien à l'emploi assez distendu", ils cumulent "un certain nombre de freins liés à leur faible connaissance du monde de l'entreprise" et "se sentent stigmatisés", relève-t-elle.

Déjà organisées chez M6, Carrefour ou Saint-Gobain, ces rencontres visent à rapprocher le monde de l'entreprise et celui de la prison.

Pour les sociétés participantes, ces rencontres répondent également aux difficultés à pourvoir certains emplois. "Accompagner des personnes éloignées de l'emploi est une responsabilité, mais aussi une réponse à nos besoins de recrutement", explique Dorothée Merlot, directrice des ressources humaines de Norauto France. 

À l'issue de la journée, Hélène Rodde, responsable des ressources humaines de Norauto Centre Pays de la Loire, dit mesurer "le courage" nécessaire pour reconstruire une vie après la prison. 

"Ce qu'ils nous racontent, c'est surtout le vide à la sortie de prison. Et ce vide peut être rempli par ce qu'ils faisaient avant."

zl/etb/pcl

© Agence France-Presse

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