Le bidonville de Stains démantelé après plusieurs mois de préparation
Du lieu où vivaient des centaines de personnes autour des jardins ouvriers de Stains, en Seine-Saint-Denis, ne subsistent plus que des cabanons et quelques objets et déchets qui trainent: mercredi, ce bidonville, l'un des plus anciens et des plus grands de France hexagonale, a été évacué à l'issue de plusieurs mois de préparation.
Dès 07H00, les policiers ont ratissé les ruelles informelles constituées de tapis et de planches pour faire partir les derniers habitants de ce site, implanté à proximité de voies ferrées et qui accueillait environ 1.200 personnes au printemps 2025, selon Clément Étienne, coordinateur de la mission Bidonville de Médecins du monde (MdM).
Ces derniers mois, le nombre de résidents étaient tombés à environ 600, avant que les départs ne s'accélèrent. Mercredi matin, il ne restait ainsi que 12 occupants au moment où a débuté l'opération, selon un communiqué de la préfecture.
Au milieu des cabanons, un tricycle et des autocollants de papillons et de lapins collés sur les murs témoignent de la présence récente de jeunes enfants, tandis que des membres de la fondation Brigitte Bardot s'attellent à capturer les chats et chiens errants, a constaté à l'issue de l'évacuation un journaliste de l'AFP accompagné par des policiers.
Au fil des années, ce bidonville qui a "quasiment 20 ans", selon le préfet de Seine-Saint-Denis, Julien Charles, qui s'est exprimé lors d'un point presse, "a eu tendance à s'étendre (...) et à causer des problèmes très sérieux" aux habitants de ce site, majoritairement Roms, ainsi que pour les riverains.
La veille, alors que presque tous les résidents du bidonville étaient déjà partis, un important incendie s'est déclaré, ravageant environ 5.000 mètres carrés et nécessitant l'intervention d'une centaine de pompiers et de 25 engins, selon les pompiers de Paris. La cause du départ de feu est à l'heure actuelle inconnue.
- Résorption des bidonvilles -
Pour mener à bien cette opération délicate, le préfet, en poste depuis environ 18 mois, avait fait le choix de prendre le temps ainsi que d'associer différents acteurs, dont des associations.
La communication de la date de l'évacuation il y a deux semaines, plus d'un an après l'annonce d'un démantèlement à venir, a poussé de nombreuses familles à prendre les devants.
Un pari qui semble gagnant puisque le maire de Stains Azzédine Taïbi (divers gauche), pour qui il n'était "pas question de se trouver face à une situation d'expulsion violente", a salué l'opération, tandis que Clément Étienne, de Médecins du monde, s'est déclaré "à la fois satisfait et insatisfait".
Parmi les points positifs, il a souligné la mise en place d'un "diagnostic social" avec les associations afin d'accompagner au mieux les habitants, l'annonce plusieurs semaines à l'avance de la date d'évacuation, ainsi que les places d'hébergement proposées, qu'il a jugé "extrêmement qualitatives".
"C'est très nouveau tout ça", a souligné le coordinateur de l'ONG qui appelle depuis des années à une politique de résorption des bidonvilles.
Aujourd'hui, "on en voit les prémisses", a-t-il salué, tout en soulignant que même la meilleure volonté politique ne peut que se heurter au manque de places d'hébergement d'urgence, un problème qu'il juge "structurel".
Il déplore également le calendrier de l'évacuation de ce qui était "peut-être l'un des bidonvilles les mieux raccordés en eau", alors qu'une nouvelle canicule pourrait toucher la France dès ce weekend.
Selon la préfecture, parmi les 261 personnes qui avaient accepté d'échanger avec l'association Trajectoires, qui a mené un recensement, 167 personnes se sont vues proposées des solutions d'hébergement ou de logement.
Selon le maire de Stains, les entreprises présentes aux alentours vont reprendre la zone de l'ancien bidonville qui jouxtait les jardins ouvriers pour étendre leurs activités économiques.
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