Afrique

Soudan: le chef des paramilitaires ne retiendra plus ses troupes

Published on Julio 28, 2026 at 09:42

Vue des locaux de l'association des avocats soudanais détruits par une frappe de drone à El-Obeid, au Soudan,le 27 juillet 2026 — - / AFP
Vue de l'intérieur de la Banque agricole du Soudan, endommagée par une frappe de drone à El-Obeid, le 27 juillet 2026 — - / AFP
Vue des locaux de l'association des avocats soudanais détruits par une frappe de drone à El-Obeid, au Soudan,le 27 juillet 2026 — - / AFP

Le chef des paramilitaires soudanais Mohamed Hamdan Daglo, dont les Forces de soutien rapide (FSR) sont accusées de génocide, a annoncé qu'il ne retiendrait plus ses troupes, après un revers sur le terrain face à l'armée.

Après que l'armée a desserré l'emprise sur El-Obeid (centre) en reprenant le contrôle de la route stratégique menant à la capitale Khartoum, M. Daglo a affirmé dans un message vidéo qu'il ne tenait "plus la bride de ses combattants".

Pendant des mois, les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) ont massé leurs troupes autour d'El-Obeid en vue d'une possible attaque de grande envergure.

Dimanche, après plusieurs jours d'offensive à travers l'Etat du Kordofan-Nord, l'armée soudanaise est parvenue à les repousser vers l'ouest, loin de la route de 400 km qui relie El-Obeid à Khartoum, ont indiqué à l'AFP lundi deux sources militaires.

L'armée a diffusé des images montrant son chef, Abdel Fattah al-Burhane, en visite à Jabrat al-Sheikh, qui était l'un des derniers bastions des FSR le long de cette route. A ses côtés, les dirigeants des deux milices les plus importantes de sa coalition actuelle: le gouverneur du Darfour et commandant des Forces conjointes, Minni Minawi, et le commandant des Forces du bouclier soudanais, Abu Aqla Kaykal.

Dans une apparente riposte, des frappes de drones ont été signalées sur El-Obeid, la plus grande ville du Kordofan, imputées aux FSR par des responsables locaux.

Les locaux de l'association des avocats et la branche de la Banque agricole du Soudan ont été détruits, selon un journaliste de l'AFP sur place, sans qu'aucune victime ne soit signalée.

Selon l'ONU, les frappes de drone de chaque côté ont tué plus d'un millier de personnes dans la seule région du Kordofan depuis le début de l'année.

Les Nations unies avaient averti pendant des semaines que des atrocités similaires à celles commises lors de l'assaut des paramilitaires contre la ville d'El-Fasher, au Darfour, en octobre 2025, pourraient se répéter à El-Obeid.

La ville a été assiégée par les paramilitaires d'avril 2023 jusqu'en février 2025, lorsque l'armée a réussi à briser le siège.

Depuis des mois, chaque camp tente de couper les lignes d'approvisionnement de l'autre autour de la ville, qui se trouve au carrefour de grands axes du centre du pays.

Son axe nord-sud relie Khartoum au reste du Kordofan, tandis que son axe est-ouest relie les bastions des FSR dans la région du Darfour au centre et à l'est du pays, tenus par l'armée.

La route vers Khartoum reste fermée aux civils, qui, pendant la majeure partie des affrontements, ont dû se reposer entièrement sur la route orientale menant à la région du Nil Blanc, où les FSR lancent régulièrement des frappes de drones meurtrières.

L'avancée de l'armée "ouvre une deuxième route d'approvisionnement vers El-Obeid et au-delà", a précisé l'une des sources militaires préalablement citées, toutes deux ayant requis l'anonymat, n'étant pas autorisées à parler aux médias.

Le contrôle de la route par l'armée "signifie que les marchandises vont pouvoir circuler", se félicite Sabrine Mohammed, dans El-Obeid.

Pour elle, les frappes de drone des FSR ne sont que "des soubresauts".

"Nous y sommes habitués, à chaque fois que l'armée progresse, (les paramilitaires) ripostent sur le Kordofan-Nord", a-t-elle déclaré à l'AFP.

A El-Obeid, où vivent d'ordinaire environ 500.000 personnes, la population a doublé en raison de l'afflux de déplacés, selon l'ONU, et seule une fraction des habitants a un accès régulier à la nourriture.

Si les agissements de chaque camp ont donné lieu à de nombreux signalements pour crimes de guerre, notamment pour des bombardements à l'aveugle, l'armée est généralement vue plus favorablement par les civils, qui ont subi une série d'exactions de la part des paramilitaires.

La prise d'El-Fasher par les FSR, en octobre, a présenté selon une enquête de l'ONU "les caractéristiques d'un génocide".

La guerre entre l'armée soudanaise et les paramilitaires des FSR, qui a éclaté en avril 2023, a tué 200.000 personnes selon certaines estimations et déplacé plus de 11 millions de Soudanais, pire crise humanitaire au monde selon l'ONU.

Celle-ci estime que 33 millions de personnes ont besoin d'aide humanitaire.

Latest stories