Avec la canicule, les algues tapissent le Pô à Turin
"Regarde celles-là, si tu y mets ta rame, elles ne te lâcheront plus": dopées par la canicule, des algues et plantes aquatiques ont envahi le Pô à Turin, dans le nord de l'Italie.
Les hautes températures de juin se sont prolongées en juillet (35,6°C à 16H30 mardi) et, sans pluie, le plus grand fleuve italien est tombé à environ 50% de son débit moyen.
Aux pieds du centre-ville baroque de Turin, des dizaines d'espèces de plantes se multiplient depuis mai. Sur son canot à moteur, Roberto Romanini, 60 ans, n'a "jamais vu ça".
- Une prairie -
"On dirait une prairie", observe cet entraîneur d'aviron. "Le fleuve change, le climat change: je n'aime pas trop ça", souffle-t-il entre deux arrêts pour dégager son hélice des plantes en les prenant à pleines mains.
Même punition pour les policiers locaux qui patrouillent sur le fleuve.
Devant la digue qui contrôle le niveau du fleuve depuis le XIXe siècle, une épaisse couche d'algues retient des bouteilles et une chaussure.
Des espèces locales comme les visqueuses Spirogyres et les Cladophores s'y mélangent avec les envahissantes élodées de Nuttall, originaires d'Amérique du Nord.
Plus en amont, des hérons ont fait leur nid sous le pont Isabella et leurs poussins profitent de l'épaisse couche végétale pour apprendre à marcher.
Il y a toujours eu des algues sur le Pô mais le changement climatique d'origine humaine "rend ces phénomènes plus extrêmes" et cette année leur prolifération est "tout à fait exceptionnelle", témoigne auprès de l'AFP l'adjoint au maire de Turin (centre-gauche) chargé des espaces verts et du fleuve, Francesco Tresso, qui a grandi à quelques mètres du Pô.
"Ce n'est plus vraiment un cours d'eau, mais plutôt un lac chaud", qui a pu atteindre 28°C alors que le fleuve prend sa source dans les Alpes voisines, signale l'élu.
"Dans tout le bassin sont aussi déversés des nutriments d'origine agricole provenant des élevages, ce qui fait que les plantes trouvent ici un environnement idéal pour se développer de manière très, très importante", souligne-t-il.
Faut‑il les enlever pour autant? Oui, parce que les algues finissent par empester, mais aussi parce qu'il faut pouvoir naviguer et que ces plantes "détruisent la biodiversité", répond l'adjoint au maire.
Algues ou pas, la mairie veut d'ailleurs refaire du Pô une des attractions de la première capitale du royaume d'Italie, où le tourisme explose: deux navettes fluviales doivent reprendre la navigation en 2027, le long d'un grand parc entièrement refait, avec peut-être bientôt la possibilité de se baigner dans le fleuve comme à Paris.
- A la pelleteuse -
Cet été, les algues ont aussi envahi le lac d'Iseo, en Lombardie voisine ou, plus loin, des canaux en France et le fleuve Ebre à Saragosse, en Espagne.
Près du faux village médiéval de Turin, une pelleteuse perchée sur une barge fait la pêche aux plantes. Après les avoir déracinées, elle secoue sa pelle pour déposer les plantes ruisselantes sur la barge.
Plus de 150 tonnes ont déjà été enlevées en trois semaines, pour un coût d'environ 100.000 euros. Un poids-lourd vient chaque matin récupérer les plantes qui sont ensuite transformées en compost.
Avec la chaleur précoce de cette année, les plantes sont encore plus visibles qu'en 2022, année marquée par une sécheresse extrême qui avait touché tout le bassin du Pô.
Cette masse verte "a un impact sur la chaîne alimentaire, elle réduit le niveau d'oxygène sous l'eau, pour les autres végétaux et les animaux", explique la présidente locale de l'ONG Legambiente, Alice De Marco, qui appelle à "réduire, voire éliminer l'usage des pesticides dans l'agriculture".
"La plante ne doit pas être coupée mais déracinée, sinon les parties coupées peuvent générer de nouvelles plantes", mais aussi contaminer des rives en aval, relève le directeur de l'agence de la protection de l'environnement du Piémont, Secondo Barbero.
La croissance des plantes devrait ralentir avec la baisse des températures entre septembre et octobre. Au printemps prochain, il faudra anticiper l'arrachage, souligne Secondo Barbero.
Pour Roberto Romanini, "il faudra maintenant qu'on apprenne à vivre avec, et respecter davantage le fleuve".
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© Agence France-Presse
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