Corps démembré aux Buttes-Chaumont: 27 ans requis contre le mari
Une peine de 27 années de réclusion criminelle a été réclamée jeudi par l'avocat général à l'endroit de Lakhdar Matoug pour le meurtre de sa femme, dont il avait ensuite découpé le cadavre et éparpillé les restes dans le parc parisien des Buttes-Chaumont.
Devant la cour d'assises de Paris, quatre jours d'audience n'ont pas permis d'éclairer pleinement les raisons qui ont conduit ce "travailleur" à la vie ordinaire à tuer son épouse en l'étranglant.
Puis basculer dans "un après tout à fait extraordinaire", tel que l'a décrit l'avocate générale.
Plusieurs morceaux de corps avaient été dissimulés dans des sacs ensuite jetés dans ce vaste parc du nord-est de la capitale. Le tronc avait été retrouvé dans un terrain vague de Bobigny, sur les indications du mari après être passé aux aveux lors de son interpellation quinze jours plus tard.
La conséquence d'une dispute, isolée, soudaine, qui a mal tourné?
La représentante de l'accusation, Sylvie Kachaner, a au contraire estimé que la victime, Assia, "était une femme en souffrance depuis plusieurs mois".
Endettés, lui en arrêt maladie en raison d'une hernie discale, elle sans activité depuis une année, Lakhdar et Assia Matoug forment un couple au sein duquel "une certaine rancœur s'est installée" au fil des années.
"Ces deux-là vivent dans le même appartement mais ne se parlent plus, ou que par messager interposé, par messagerie. C'est le couple Simone Signoret et Jean Gabin" dans le film "Le Chat", décrit l'avocate générale dans une référence au huis clos banlieusard de Pierre Granier-Deferre.
Alors que, selon l'ensemble des témoins, Assia n'avait jusqu'alors jamais subi de violences physiques de son mari, la représentante de l'accusation fait observer qu'"il y a aussi les violences psychologiques: l'absence de communication, dans un couple, est une forme de maltraitance".
- "Destruction psychologique" -
Vient ce passage à l'acte, le 30 janvier 2023. Quelques secondes de strangulation, tel que l'accusé l'a dit?
Impossible, avaient rappelé les légistes, qui estiment que l'acte n'est létal qu'au bout de plusieurs minutes.
C'est de cet acharnement que l'avocate générale tire sa conviction qu'il s'agit là bien d'un meurtre, et non de "coups mortels", de manière non-intentionnelle, tel que Lakhdat Matoug l'a toujours soutenu.
"Elle lui a dit: +Aïe, aïe, tu me fais mal+. Et néanmoins, il a continué à serrer", rappelle la représentante de l'accusation, avant de s'adresser aux jurés: "Quand vous vous poserez la question du passage à l'acte, vous n'aurez pas de doute sur l'intention homicide".
Quelques heures plus tôt, l'une des avocates des parties civiles, Me Marie Monsef, avait déjà interrogé: "Pourquoi Assia est morte ? Pour avoir haussé le ton ? La réponse, c'est qu'elle est morte pour rien du tout".
La suite des événements est à l'avenant.
Certains experts avaient évoqué un sujet "déréalisé, en dissociation psychique". Insuffisant pour convaincre l'avocate générale: le soir-même, "il va organiser une soirée pizzeria avec ses enfants, puis couche le cadavre de son épouse sur un canapé en prévenant les enfants: +maman est fatiguée, malade, ne la réveillez pas+".
Désormais et à jamais, "les enfants, quand ils penseront à leur mère, ils auront l'image de corps découpé de leur mère", souffle-t-elle. "Une opération de destruction psychologique massive de ses enfants", avait déjà fustigé l'avocate des enfants, Me Manuela Lalot, dans sa plaidoirie quelques minutes plus tôt.
- "Ancré dans la réalité" -
S'ensuit l'achat d'une meuleuse dans un Castorama, le lendemain, puis le découpage.
"Cet homme-là était-il déréalisé, en dissociation psychique ou parfaitement ancré dans la réalité ?", fait semblant de s'interroger l'avocate générale.
Puis, deux allers-retours depuis son domicile de Montreuil (Seine-Saint-Denis) jusqu'aux Buttes-Chaumont, "et puis il laisse un message à son épouse: +Oui, Assia, t'es où?+".
"Pas de déréalisation, pas d'homme sous emprise alcoolique. Un homme au contraire très ancré."
Les plaidoiries de la défense et le verdict sont attendus vendredi.
pab/mat/cbn
© Agence France-Presse
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