Après les incendies, doléances et colère attendent Lecornu lundi en Gironde
La visite lundi en Gironde de Sébastien Lecornu pour lancer la reconstruction après le mégafeu de juillet cristallise beaucoup d'espoirs chez les acteurs locaux, mais aussi la colère d'habitants qui ne croient plus aux promesses du gouvernement.
"On ne veut pas de lui ici. Ce sont des gens hors-sol, qui vont venir soi-disant écouter les gens du coin, mais en réalité ils ont déjà leur stratégie toute tracée", fulmine Philippe, un habitant du Porge de 56 ans, très affecté par la destruction des maisons de plusieurs amis.
Cette commune de 3.500 habitants a payé le plus lourd tribut au mégafeu qui a parcouru plus de 40.000 hectares en Gironde, avec 183 habitations détruites sur 250 au total. Les autres l'ont été à Lanton, Le Temple, Saumos, Lège-Cap-Ferret, Andernos-les-Bains, Arès et Lacanau, selon la préfecture.
"Il nous a traités de complotistes. Est-ce qu'il va venir parler aux gens qui ont tout perdu? Je ne crois pas", poursuit ce père de famille.
Le 1er août, le Premier ministre avait affirmé que la douleur des sinistrés était "instrumentalisée par des complotistes sur les réseaux sociaux", alors que certains habitants du village dévasté estimaient que les autorités avaient sacrifié leurs maisons pour protéger la presqu'île huppée du Cap-Ferret.
Le programme de M. Lecornu lundi ne mentionne pas de rencontre avec les sinistrés, seulement un entretien, hors caméras, avec le maire du Porge Martial Zaninetti, avant une table ronde "avec les élus et les acteurs socio-économiques de la reconstruction" à Mérignac, dans l'agglomération bordelaise.
"+Faites-nous un plan Marshall+, c'est ce que je lui dirai", résume pour l'AFP l'élu de la commune sinistrée.
Des restaurateurs, commerçants et artisans du Porge, qui ont dû fermer pendant 10 jours au pic de la saison estivale, ont, eux, rédigé une lettre de doléances, qu'ils aimeraient lui transmettre.
"On lui demande de faire pression sur les assurances afin qu'elles nous indemnisent en prenant en compte la perte d'exploitation, même sans dégâts matériels", indique à l'AFP un restaurateur sous couvert d'anonymat.
"On souhaite aussi une exonération totale des charges auprès de l'Urssaf sur un trimestre, et une enveloppe exceptionnelle pour pallier notamment tout ce temps perdu à gérer de l'administratif et qu'on ne consacre pas à notre activité", énumère-t-il.
Bruno Lafon, président de la DFCI (Défense des forêts contre l'incendie) Aquitaine, dont les équipes ont érigé plus de 120 km de pare-feu en abattant en urgence des milliers de pins fin juillet, "attend surtout des facilitations de réglementation" pour "mettre en place nos actions de prévention".
"Il faut des pare-feu dans des dimensions convenables pour le risque incendie et acceptables pour toutes les parties", explique celui qui plaide "depuis 30 ans" pour que les propriétaires privés acceptent de perdre quelques milliers d'hectares de forêt en prévention, plutôt que de voir brûler plusieurs dizaines de milliers d'hectares.
M. Lafon, qui avait interpellé Emmanuel Macron à ce sujet fin juillet à Bordeaux, réclame des moyens, mais surtout pas de "commissions" ou "d'inspecteurs généraux" car "on sait comment faire" pour gérer cette forêt.
Michel Bazin, représentant national des entreprises de travaux forestiers, qui avaient oeuvré à la création d'une centaine de kilomètres de pare-feu en juillet, regrettait vendredi de ne pas être invité, "pour l'instant" à rencontrer M. Lecornu, qui sera accompagné par plusieurs ministres et cinq membres de la mission lancée pour piloter la reconstruction des zones sinistrées.
"Ce serait quand même dommage qu'ils ne reçoivent pas l'ensemble des gens qui ont œuvré à la lutte contre cet incendie gigantesque", lance-t-il, disant espérer davantage de communication et de "cohérence", "sans attendre le dernier moment pour intervenir".
Dimanche, la mairie de Saumos, d'où est parti le mégafeu, avait exhorté Emmanuel Macron à considérer ce territoire comme "le point de départ d'une réflexion collective" et non "un laboratoire de décisions prises dans l'urgence".
Lors de sa visite à Bordeaux, au moment du mégafeu, le chef de l'Etat avait opposé aux critiques sur la gestion des incendies le fait d'avoir "quasiment doublé le budget de la sécurité civile" en dix ans.
Aucune rencontre sur le terrain avec les sinistrés n'avait été organisée.
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