Washington veut développer le nucléaire civil en Arabie saoudite, en plein conflit avec Téhéran
Les Etats-Unis ont annoncé dans la nuit de mercredi à jeudi un accord avec l'Arabie saoudite pour doter le royaume d'un programme nucléaire civil, suscitant des inquiétudes sur le lancement d'une course aux armements atomiques, au coeur du conflit avec l'Iran.
Cette entente est considérée comme une victoire majeure pour Ryad, rival régional de longue date de Téhéran, en lui donnant accès à la technologie nucléaire sans normaliser ses relations avec Israël, une condition que Washington avait cherché ces dernières années à imposer.
Le texte, qui n'a pas été rendu public, ouvre la voie à la construction de centrales nucléaires en Arabie saoudite, qui dépend pour l'heure de centrales au gaz et pétrole pour son électricité, et devrait générer des milliards de dollars pour les entreprises américaines.
Signé par le ministre américain de l'Energie, Chris Wright, et son homologue saoudien, le prince Abdelaziz ben Salmane, l'accord doit encore être soumis au Congrès américain. Celui-ci, à majorité républicaine, ne devrait pas s'opposer à sa mise en oeuvre, en dépit d'inquiétudes déjà exprimées face à un tel projet par des élus américains des deux partis et des responsables israéliens.
Selon le Wall Street Journal, une clause prévoit que des entreprises américaines construisent un complexe d'enrichissement d'uranium en Arabie saoudite, si une étude conjointe établissait qu'il était justifié, une perspective qui concentre les inquiétudes quand au rique de prolifération nucléaire.
Interrogé par l'AFP à ce sujet, le ministère américain de l'Energie n'a pas fait de commentaire. Mercredi, le ministre avait seulement déclaré que l'accord jetait "les bases juridiques d'un partenariat de plusieurs décennies" visant à "renforcer les relations commerciales" bilatérales et "assurer la prospérité chez nous et la sécurité de nos alliés à l'étranger".
Parmi les voix critiques qui se sont élevées, le sénateur démocrate Chris Murphy a pointé le risque de "déclencher une course nucléaire dans la région, dissuadant davantage l'Iran de limiter son propre programme" nucléaire, alors que les hostilités ont repris dans la région le 7 juillet.
En entrant en guerre au côté d'Israël fin février, Washington avait notamment dit vouloir empêcher définitivement Téhéran de se doter de l'arme atomique. La République islamique nie cette intention, mais défend son droit au nucléaire civil.
Le sénateur Bernie Sanders, figure de la gauche américaine, a lui dénoncé une entente "absurde": alors que Donald Trump justifie "sa guerre contre l'Iran comme un moyen d'empêcher un pays autoritaire d'enrichir du combustible nucléaire", il "laisse ses meilleurs amis en Arabie saoudite -l'une des plus brutales dictatures au monde- faire exactement cela", a-t-il écrit sur X.
"Washington a raison de renforcer ses relations avec Ryad, mais cela ne doit pas se faire au détriment de l'efficacité de ses normes en matière de non-prolifération des armes nucléaires", avait mis en avant avant l'annonce américaine officielle Matthew Kroenig, ancien responsable du ministère de la Défense et chercheur à l'Atlantic Council, pour qui ce serait "une erreur d'autoriser l'enrichissement en Arabie saoudite".
Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a soutenu jeudi que Ryad souhaitait se doter d'un programme nucléaire "pacifique et civil" et assuré que l'accord comportait "des garanties pour s'assurer qu'il ne puisse pas être transformé en programme d'armement".
Pour Allison Minor, spécialiste du Moyen-Orient au centre Atlantic Council, "en laissant la porte ouverte à l'enrichissement", Washington envoie un "message puissant" à Téhéran, tout en récompensant un allié majeur devenu méfiant à l'égard des garanties de sécurité américaines.
Paul Dickman, président du comité des affaires externes de l'American Nuclear Society, s'affirme auprès de l'AFP convaincu que l'accord ne créera pas "de problèmes supplémentaires en matière de prolifération". Mais il insiste sur l'importance de la transparence en la matière.
Ryad insiste depuis longtemps sur son droit au nucléaire civil, alors que les Etats-Unis ont signé un accord nucléaire en 2009 avec son voisin, les Emirats arabes unis, qui n'enrichissent toutefois pas d'uranium.
Sollicité par l'AFP, le constructeur américain de réacteurs nucléaires Westinghouse Nuclear n'a pas réagi dans l'immédiat.
Sur la chaîne CNBC, son PDG, Dan Sumner, a salué une "étape majeure" allant selon lui renforcer la sécurité énergétique et accroître les opportunités pour l'industrie américaine.
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