Démolitions de maison, contrôles d'identité: le Pakistan pousse des Afghans au départ
A 70 ans, Ahmad Mula, regarde désemparé sa modeste maison de brique démolie dans une région du nord du Pakistan. Depuis une semaine, les autorités pakistanaises mènent une vaste opération pour pousser les migrants afghans comme lui à partir.
Parmi les méthodes employées, des démolitions d'habitations, la multiplication des barrages et contrôles d'identité ainsi que des appels publics et incessants à quitter le Pakistan, ont raconté des habitants et responsables.
"La police n'a tenu compte de rien, même pas de ma santé", se lamente le vieil homme, rencontré par des journalistes de l'AFP à Mattani, un village près de Peshawar, le chef-lieu de la province de Khyber Pakhtunkhwa (nord), frontalière de l'Afghanistan.
Beaucoup des quelque 200 maisons d'Afghans ont été détruites à Mattani, selon les résidents. "Ma femme et moi, nous sommes âgés et nous vivions seuls ici. Nous n'avons pas d'argent pour louer et le gouvernement a démoli notre maison", ajoute Ahmad Mula.
Najeeb Rehman, 50 ans, a lui tenté de récupérer les médicaments de son père et les documents scolaires de ses enfants avant que le bulldozer ne démolisse son habitation, mais sans succès, dit-il en montrant les murs effondrés.
A quelques mètres, des Afghans chargent les affaires qu'ils ont pu sauver, dont des lits et un panneau solaire, sur un camion qui les emmènera de l'autre côté de la frontière.
Fin juin, les autorités pakistanaises ont enjoint aux forces de l'ordre d'arrêter tout citoyen afghan sans visa à compter du 10 juillet. Le ministère de l'Intérieur n'a pas répondu aux questions de l'AFP sur les démolitions rapportées par les résidents.
"Une vaste répression contre les Afghans sans papiers a débuté le 10 juillet et se poursuit", a confirmé à l'AFP, sous couvert d'anonymat, un responsable policier de haut rang à Peshawar.
"Même avant que le gouvernement publie des directives claires, la police avait terminé de cartographier la présence de ressortissants afghans à travers la province", a-t-il ajouté.
Des millions d'Afghans ont trouvé refuge et refait leur vie au Pakistan lors des quatre décennies de guerre qui ont ravagé leur pays, depuis la fin des années 1970. Des centaines de milliers d'autres sont arrivés depuis le retour au pouvoir des autorités talibanes en Afghanistan en 2021.
Mais fin 2023, sur fond de relations tendues avec le gouvernement taliban afghan qu'il accuse de soutenir des mouvements commettant des attaques sur son sol, Islamabad a durci sa politique contre les Afghans, en les poussant au départ par différents moyens.
- "Les gens se cachent" -
Des millions d'entre eux sont déjà revenus en Afghanistan depuis cette date, la plupart contraints de quitter la grande ville de Karachi (sud) ou la capitale Islamabad.
Cette fois-ci, l'opération pour les pousser au départ touche la province de Khyber Pakhtunkhwa dont les 40 millions d'habitants partagent des liens culturels, linguistiques et historiques très forts avec les régions afghanes voisines.
Une même famille peut ainsi avoir des membres du côté afghan ou pakistanais et avoir été séparée par la ligne Durand. Tracée à l'époque coloniale, cette ligne n'a jamais été reconnue comme frontière par l'Afghanistan.
Des chiffres de l'ONU montrent que près de 6.200 Afghans sont rentrés dans leur pays entre le 4 et le 11 juillet, un chiffre en hausse d'environ 30% par rapport à la semaine précédente. Le gouvernement afghan a aussi fait état d'une hausse des retours depuis le 12 juillet.
Plus d'un million d'Afghans vivent encore au Pakistan, selon les Nations unies.
A Peshawar, un journaliste de l'AFP a constaté que la police avait multiplié des barrages pour effectuer des contrôles d'identité.
"Nous avons reçu des instructions strictes pour arrêter des ressortissants afghans sans papiers", a confié à l'AFP, sous couvert d'anonymat, l'un des policiers présents sur un barrage.
Au "Board Bazaar", un des centres commerciaux connu comme le "mini Kaboul" en raison des nombreuses boutiques tenues par des Afghans, un des commerçants dit avoir vu une baisse du nombre de clients. Beaucoup craignent des arrestations: "Les gens se cachent chez eux et le commerce est au point mort", témoigne Zabi Ullah.
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© Agence France-Presse
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