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Un plan pour "réunifier" la Libye, le pari risqué de l'émissaire américain Massad Boulos

Published on Juli 16, 2026 at 13:52

Un portrait de l'homme fort de l'armée libyenne, Khalifa Haftar, au sommet d'un bâtiment militaire à Ras al-Alba, le 16 mai 2026 dans le sud-est de la Libye — Abdullah DOMA / AFP
L'émissaire américain Massad Boulos (g) et le président américain Donald Trump lors d'une réunion à la Maison Blanche,le 9 juillet 2025 à Washington — Jim WATSON / AFP
L'émissaire américain Massad Boulos lors de la journée inaugurale du Sommet sur l'énergie et l'économie en Libye, au Centre de conférences international de Tripoli, le 24 janvier 2026 — Mahmud Turkia / AFP
Le Premier ministre libyen Abdelhamid Dbeibah lors de la journée inaugurale du Sommet sur l'énergie et l'économie en Libye, au Centre international de conférences de Tripoli, le 24 janvier 2026 — Mahmud Turkia / AFP
Un portrait de l'homme fort de l'armée libyenne, Khalifa Haftar, au sommet d'un bâtiment militaire à Ras al-Alba, le 16 mai 2026 dans le sud-est de la Libye — Abdullah DOMA / AFP
Un plan pour "réunifier" la Libye, le pari risqué de l'émissaire américain Massad Boulos

"Réunifier" la Libye, divisée depuis 12 ans: l'émissaire américain Massad Boulos multiplie les contacts pour rapprocher l'Est et l'Ouest de ce pays riche en pétrole, mais certains observateurs estiment que son initiative privilégie un compromis entre hommes forts, au détriment d'un processus soutenu par la population.

Cela fait un an que M. Boulos, conseiller de Donald Trump pour les affaires arabes et africaines - et par ailleurs beau-père de la fille du président américain - enchaîne les rencontres avec des responsables politiques, militaires et économiques libyens, en Libye et à l'étranger.

Il s'est encore réuni la semaine dernière avec le Premier ministre des autorités reconnues par l'ONU et basées à Tripoli, Abdelhamid Dbeibah, ainsi qu'avec l'homme fort de l'Est, le maréchal Khalifa Haftar. 

Plongée dans le chaos après la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est scindée entre pouvoirs rivaux depuis 2014.

L'objectif principal "est de mettre fin à la division", a récemment déclaré à la chaîne Al Hadath, en arabe, l'homme d'affaires américano-libanais.

Discret sur les détails de son projet, M. Boulos affirme vouloir faciliter "la communication entre les deux camps".

Mais selon un scénario évoqué dans les médias et les cercles diplomatiques, le Premier ministre Dbeibah conserverait son poste tandis que Saddam Haftar, l'un des fils du maréchal Haftar, prendrait la tête du Conseil présidentiel.

M. Boulos refuse de commenter ces spéculations, estimant que "ces détails sont du ressort des Libyens eux-mêmes".

Sollicité par l'AFP, l'émissaire n'a pas donné suite.

- Pétrole et stabilisation -

En juin, les forces de Khalifa Haftar ont salué le "plan Boulos" comme étant une initiative "réaliste", "différente des précédentes". Elles désavouaient ainsi l'annonce, le même jour, par trois institutions libyennes d'une feuille de route prévoyant des élections législatives et présidentielle d'ici au 17 février 2027.

M. Boulos assure que son initiative est "complémentaire à 100%" des efforts de l'ONU. Mais des analystes se demandent si un compromis négocié entre figures dominantes ne repoussera pas une nouvelle fois l'échéance électorale.

Contactées par l'AFP, les autorités de l'Ouest n'ont pas encore réagi, pas plus que la mission de l'ONU en Libye, qui a organisé un dialogue intensif durant des mois. 

Les Etats-Unis voient dans la stabilisation du pays une opportunité économique. Massad Boulos a déclaré au Financial Times que Washington encourageait les majors américaines à investir en Libye. Selon lui, la production pétrolière du pays pourrait doubler pour atteindre trois millions de barils par jour d'ici à la fin de la décennie.

"Cela permettra à la Libye de rejoindre le cercle des grands producteurs mondiaux de pétrole", a-t-il affirmé.

En attendant, un responsable du département d'Etat américain a affirmé à l'AFP que les Etats-Unis oeuvraient en Libye avec "prudence et de manière progressive, aboutissant à des avancées significatives" depuis l'été 2025.

Washington met en avant l'adoption en avril d'un budget unifié, une première depuis plus de dix ans; des exercices militaires communs organisés sous l'égide de l'Africom; et des rencontres croissantes entres responsables rivaux, comme celle ce week-end entre les chefs d'état-major des deux armées. 

Tout récemment, Saddam Haftar a été reçu à Washington par le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio lui-même, tandis que le vice-ministre de la Défense du gouvernement de M. Dbeibah, Abdel Salam al-Zoubi, s'est entretenu dans la capitale américaine avec le vice-commandant de l'Africom.

- "Pari dangereux" -

Pour Khaled al-Montasser, professeur de relations internationales, l'approche américaine a le mérite de s'appuyer sur ceux qui détiennent réellement le pouvoir. "Washington sait que la clé de toute solution en Libye, et de sa réussite, est entre les mains des acteurs qui contrôlent le terrain", affirme-t-il.

D'autres observateurs sont beaucoup plus sceptiques.

Le politologue Faraj al-Dali juge que le projet risque de se heurter à de "sérieux obstacles", notamment parce qu'il repose sur des personnalités controversées.

Dans l'Ouest notamment, où le paysage politique et sécuritaire est moins centralisé qu'à l'Est, la perspective de voir Saddam Haftar accéder à un poste dirigeant suscite de fortes réticences.

Massad Boulos a reconnu l'importance de parvenir à un accord reposant sur un équilibre "délicat", en particulier dans l'Ouest.

Karim Mezran, du cercle de réflexion Atlantic Council, est encore plus sévère.

"En apportant son soutien à un accord entre élites qui ne bénéficie d'aucun véritable consentement populaire (...), Washington fait un pari dangereux", estime-t-il sur le site du think tank.

Même si l'arrangement tenait un temps, "ses nombreuses contradictions structurelles ne tarderaient pas à apparaître et, le moment venu, elles risqueraient de faire s'effondrer tout l'édifice dans la violence", prévient-il.

nd-iba/mdh

© Agence France-Presse

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