Culture

Le Mexique expose un précieux manuscrit conservé en France depuis deux siècles

Published on Septiembre 18, 2026 at 01:32

Des visiteurs regardent le Codex Azcatitlan, un ancien manuscrit aztèque prêté par la France, au Musée national d'Anthropologie à Mexico, le 17 septembre 2026 — Carl de Souza / AFP
Le Codex Azcatitlan, un ancien manuscrit aztèque prêté par la France, est exposé au Musée national d'Anthropologie à Mexico, le 17 septembre 2026 — Carl de Souza / AFP
Des visiteurs regardent le Codex Azcatitlan, un ancien manuscrit aztèque prêté par la France, au Musée national d'Anthropologie à Mexico, le 17 septembre 2026 — Carl de Souza / AFP

Le Mexique expose depuis jeudi un précieux manuscrit narrant l'histoire autochtone du pays latino-américain, un prêt de la France où il est conservé depuis près de deux siècles en dépit des demandes de restitution.

Le "Codex Azcatitlan", présenté au musée d'Anthropologie de Mexico jusqu'à la fin de l'année, retrace l'histoire de la civilisation mexica (anciennement appelée aztèque), de la naissance de l'empire jusqu'à sa chute lors de la conquête espagnole.

Rédigé peu après l'arrivée des Espagnols au XVIe siècle, il est considéré comme l'un des témoignages les plus importants de l'histoire autochtone du Mexique.

La Bibliothèque nationale de France (BnF), qui le détient depuis plus d'un siècle, l'a prêté au Mexique à l'occasion du bicentenaire des relations diplomatiques entre les deux pays.

Son retour temporaire au pays intervient alors que les gouvernements mexicains de gauche ont intensifié ces dernières années leurs efforts pour récupérer les objets culturels de l'époque coloniale conservés à l'étranger.

Des membres d'un groupe autochtone qui milite pour la restitution de ce manuscrit ont réagi avec emphase en voyant deux feuillets de ce précieux document exposés dans une vitrine jeudi.

"On nous a caché notre histoire, on nous l'a volée", a déclaré à l'AFP Emilia Mendoza, de la communauté hnahnu, lors de l'inauguration de l'exposition qui comprend également d'autres manuscrits.

Cette exposition "est une bataille gagnée, un premier pas vers la restitution des livres qui se trouvent dans d'autres pays", a-t-elle estimé.

"S'il (le codex, ndlr) vient du Mexique, pourquoi n'est-il pas au Mexique?", interroge Karen Trejo, ethnohistorienne de 28 ans également présente.

Lors de l'inauguration, le ministre mexicain des Affaires étrangères Roberto Velasco a salué une exposition permettant de "réunir un peuple avec sa mémoire". Ces pictogrammes "représentent notre histoire, la voix écrite de nos ancêtres et la racine profonde de notre identité", a-t-il affirmé.

L'an dernier, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum avait pressé Emmanuel Macron de restituer le "Codex Azcatitlan" et un autre manuscrit inestimable, le "Codex Borbonicus", lors de la visite du président français à Mexico.

Depuis 2018, le Mexique a réussi à rapatrier plus de 16.000 pièces de son patrimoine éparpillé dans divers pays, selon l'Institut national d'anthropologie et d'histoire.

Les codex racontent l'histoire, les rites et les croyances des peuples de l'actuel Mexique avant et après l'arrivée des conquistadores.

L'Azcatitlan "combine le système de dessin préhispanique, mais incorpore déjà des figures qui offrent une vision plus réaliste", expliquait lors d'un événement en juillet l'anthropologue Diego Prieto, qui a été directeur de l'Institut national d'anthropologie.

Ces figures "renvoient clairement à des personnages de la conquista et à des personnages liés aux changements culturels, urbains et architecturaux survenus ensuite", relevait-il.

Des scènes aux rouges, bleus, verts et jaunes éclatants y dépeignent des guerriers coiffés de plumes et des rites accomplis dans des temples pyramidaux.

Le manuscrit, qui couvre 25 feuillets de papier importé d'Europe au XVIe siècle, a été donné avec d'autres à la Bibliothèque nationale de France en 1898 par la veuve du collectionneur franco-mexicain Eugène Goupil. Avec comme condition que la collection soit toujours conservée intégralement dans cette institution publique.

Il avait été apporté en France un demi-siècle plus tôt par Joseph Marius Alexis Aubin, un chercheur français spécialiste des cultures autochtones d'Amérique.

La France conserve également le "Codex Borbonicus", lui aussi très important pour le Mexique, gardé au Palais Bourbon - siège de l'Assemblée nationale -, trésor qui représente des calendriers divinatoires et solaires de la civilisation mexica.

Le Parlement français n'a pas inclus ces manuscrits dans la loi adoptée en mai pour faciliter la restitution d'œuvres spoliées durant la colonisation.

Le Mexique avait récupéré le "Codex Tonalamatl" après qu'un avocat l'avait dérobé à la Bibliothèque nationale de France en 1982.

Latest stories