Tech-Media

"La fin d'une ère": à la Gamescom, les joueurs inconsolables de la disparition du CD

Published on أغسطس 28, 2026 at 12:41

Dans un hall de la Gamescom, plus grand salon européen du jeu vidéo, le 27 août 2026 à Cologne — Ina FASSBENDER / AFP
Des visiteurs devant le stand PlayStation de Sony avant le début du salon du jeu vidéo de Tokyo, le 25 septembre 2025 à Chiba, au Japon — Kazuhiro NOGI / AFP
Dans un hall de la Gamescom, plus grand salon européen du jeu vidéo, le 27 août 2026 à Cologne — Ina FASSBENDER / AFP

Dans les allées de la Gamescom, plus grand salon européen du jeu vidéo, de nombreux fans regrettent la décision de Sony d'abandonner les jeux sur disque en 2028. Certains appellent même au boycott.

"C’est une mauvaise décision, et ça crée un triste précédent pour l’avenir du jeu vidéo et de la préservation des jeux", se désole auprès de l'AFP Chris Bastin, développeur britannique de 34 ans, qui redoute "la fin d'une ère" pour le jeu vidéo.

Si l'annonce de Sony début juillet a fait l'effet d'une bombe chez les joueurs, elle marque surtout "la fin d'un chapitre entamé depuis longtemps", explique Joost van Dreunen, professeur à la New York University Stern School of Business et spécialiste de l’économie du jeu vidéo.

"Depuis une dizaine d'années, la distribution numérique a largement remplacé les supports physiques" - disques chez Xbox et PlayStation, cartouches chez Nintendo - tandis que les jeux PC ont déjà basculé vers le tout-numérique.

Les achats dématérialisés représentent début 2026 près de 82% des ventes de jeux sur PS4 et PS5, a indiqué fin juillet le géant japonais, qui a pourtant démocratisé le format disque sur console avec sa première PlayStation au milieu des années 90.

Vendu au même prix qu'en format physique, le dématérialisé ne nécessite ni impression sur disque ni envoi à travers le monde, et permet à Sony de s'affranchir de la marge prélevée par les revendeurs, soit "entre 20 et 30%" du prix du jeu, relève Joost van Dreunen.

Même cette bascule ne fait pas l'unanimité.

"Ils passent au numérique uniquement pour augmenter leurs bénéfices, et rien n'indique que le consommateur en tirera un quelconque avantage", gronde Clemens Istel, 40 ans, l'un des porte-parole d'un boycott appelant cette semaine les joueurs PlayStation à garder leur console éteinte en signe de protestation.

"Cela pose plusieurs problèmes, à commencer par la perte de toute forme de propriété", soulève le joueur, arguant que "personne ne peut vous enlever" la copie physique d'un jeu.

A l'inverse, "si vous perdez le compte associé à vos jeux téléchargés, vous ne pourrez plus y jouer".

Dans son bilan 2025, le Syndicat des éditeurs de logiciel de loisirs (Sell) note que si les jeux physiques ne représentent plus que 11% du marché national, certaines grosses sorties, comme "EA Sports FC 26" et "Assassin's Creed Shadows", continuent de se vendre à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires en physique.

Et un jeu dématérialisé "ne peut être ni revendu, ni prêté", alerte Thomas Bachellerie, ancien gérant de boutique spécialisée à Lyon.

Pour ces magasins, le risque est réel car les ventes d'occasion peuvent représenter près d'un tiers du chiffre d'affaires.

Sans compter "la valeur sentimentale" que portent certains gamers aux boîtes de leurs jeux favoris, explique Scott Whiting, visiteur australien du salon.

Prévu le 19 novembre, le très attendu "Grand Theft Auto VI" s'est également attiré des critiques car il ne propose qu'un code de téléchargement dans la boîte de jeu.

"C'est un très mauvais signe", regrette Thomas Bachellerie, "GTA, c'est un jeu qui est censé nous faire vivre pendant 10 ans. Pour une boutique, il n'y a quasiment plus aucun intérêt à le vendre".

Mais "qu'il soit physique ou dématérialisé, on n'est jamais propriétaire du jeu", rappelle toutefois Geoffray Brunaux, avocat spécialiste du numérique.

Le joueur dispose d'une licence d'utilisation du produit qui peut lui être retirée, détaille l'avocat. C'est l'objet de la pétition européenne "Stop Killing Games", qui appelle les éditeurs à ne plus "débrancher" les jeux après un certain temps, les rendant définitivement inaccessibles.

Toutefois, en ne proposant plus ses jeux qu'au travers du magasin d'application de sa console, Sony risque de se retrouver en position dominante, estime Geoffray Brunaux.

Aux Pays-Bas, une action en justice a été lancée en ce sens contre Sony.

Latest stories