Présidentielle : Attal et Philippe tentent de séduire les enseignants
Gabriel Attal et Edouard Philippe poursuivent leur compétition pour la présidentielle en publiant chacun mardi leurs propositions sur l'Education nationale, avec en commun une hausse de la rémunération des enseignants jugée peu crédible par les syndicats et la gauche de par leurs responsabilités passées.
Hasard ou non, les deux candidats rivaux du bloc central, dont les relations se sont tendues lundi avec un sondage laissant entrevoir la possibilité d'un duel RN-LFI au second tour au printemps, s'expriment le même jour, à une semaine de la rentrée scolaire. Dans le journal Le Figaro, Edouard Philippe, fils d'enseignant, plaide pour que l'école soit "le sujet le plus important du pays". Dans le quotidien Le Monde, Gabriel Attal veut "mettre fin au doute français sur l'école de la République".
Le second quinquennat d'Emmanuel Macron a été mal vécu par les enseignants. Depuis 2022, "on a eu sept ministres de l'Education nationale en quatre ans et de nombreux changements de ligne. C'est une forme de très mauvais +en même temps+ qui a porté préjudice aux objectifs qu’on voulait atteindre", reconnaît Gabriel Attal, lui-même brièvement ministre de l'Education en 2023.
Pour mettre fin à cela, le candidat Renaissance propose une loi de programmation dès 2027, pilotée par un ministre "qui restera en poste cinq ans".
Face à la crise des vocations, les deux anciens Premiers ministres d'Emmanuel Macron promettent d'augmenter les salaires pour "redonner de la dignité" (Philippe) à "un métier progressivement smicardisé" (Attal).
M. Attal évoque une revalorisation immédiate de 200 euros net par mois, "jusqu'à 500 euros net pour les milieux de carrière", pour un coût annuel évalué à 2,5 milliards d'euros selon son entourage. Le candidat Horizons envisage lui une augmentation de 20 % de la rémunération moyenne des enseignants, mais "sur le quinquennat", pour porter celle-ci "au moins au niveau de la moyenne européenne".
Des propositions accueillies avec scepticisme par les syndicats. "Ce sont des promesses traditionnelles dans une présidentielle de deux personnages politiques qui ont quand même été sur des fonctions où ils pouvaient améliorer les rémunérations des personnels mais ne l'ont pas fait", a réagi Elisabeth Allain-Moreno, secrétaire générale du SE-Unsa.
"C'est très agaçant et méprisant de voir des politiques qui ont été en responsabilité et ne proposent des hausses de salaire que quand ils sont candidats", a renchéri Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, principal syndicat du second degré.
Au primaire, les deux concurrents plaident pour une réduction des effectifs par classe, en profitant de la baisse démographique, Edouard Philippe rappelant au passage qu'il a mis en oeuvre le dédoublement des classes en CP et CE1 dans les zones d'éducation prioritaire.
M. Attal cible principalement le collège. Il veut rétablir le certificat d'études, abandonné depuis un demi-siècle, "à l'entrée en 6e pour garantir que les élèves ont le bagage nécessaire" et "proposer une année passerelle à ceux pour qui ce n'est pas le cas".
Dans la même logique, "le brevet des collèges deviendra obligatoire pour passer en classe de seconde", ajoute celui qui avait décidé cette mesure avant qu'elle ne soit supprimée par Elisabeth Borne. Il remet sur la table "une généralisation des groupes de niveau en français et en mathématiques", autre disposition introduite quand il était ministre mais contestée par les enseignants et depuis abandonnée.
Pour davantage de mixité sociale, il veut fermer "les 100 collèges qui constituent les pires ghettos scolaires" en répartissant les élèves "dans d'autres établissements".
M. Philippe met l'accent sur "une plus grande autonomie laissée aux établissements". "Ça veut dire pouvoir adapter l'organisation des classes, des rythmes scolaires et de la pédagogie en fonction des réalités locales."
Ces propositions ont fait bondir sur X le candidat LFI Jean-Luc Mélenchon : "Les deux anciens premiers ministres de Macron proposent aujourd'hui de dynamiter l'école publique (...) Ils proposent l'autonomie pour tous les établissements scolaires. C'est normal : en tout, leur modèle est le marché et la concurrence".
L'école devrait être aussi, comme traditionnellement, au coeur des programmes à gauche. Lors de son annonce de candidature dimanche, Raphaël Glucksmann (Place publique) a promis "un plan de sauvetage de l'école publique" dont l'état lui "retourne les tripes".
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