Culture

Au Salvador, des graffeurs reprennent les murs aux gangs

Published on أغسطس 17, 2026 at 02:36

L'artiste salvadorien Isaac Sosa pose devant une fresque, le 15 août 2026 à Concepcion de Ataco au Salvador — Marvin RECINOS / AFP
L'artiste salvadorien Cristian Juarez peint une fresque, le 15 août 2026 à Concepcion de Ataco au Salvador — Marvin RECINOS / AFP
Des habitants passent devant une fresque, le 15 août 2026 à Concepcion de Ataco au Salvador — Marvin RECINOS / AFP
L'artiste salvadorien Isaac Sosa pose devant une fresque, le 15 août 2026 à Concepcion de Ataco au Salvador — Marvin RECINOS / AFP

Jaguars, visages, fleurs ou oiseaux : sur les murs où les gangs du Salvador marquaient autrefois leur territoire, des artistes réalisent de grandes fresques à l'occasion d'un festival itinérant, bombe de peinture à la main.

Les graffeurs s'affairent dans le pittoresque village de Concepción de Ataco, niché au milieu des montagnes couvertes de plantations de café, à quelque 65km à l'ouest de la capitale, San Salvador.

Lorsque les gangs régnaient en maîtres, sortir réaliser des graffitis était source d'angoisse, confie à l'AFP Isaac Sosa. Cet artiste de 31 ans est le fondateur du festival Pigmen Trip, qui apporte depuis huit ans de la couleur dans différentes localités du pays d'Amérique centrale.

Les gangs ont perdu de leur pouvoir en raison de l'offensive lancée en 2022 par le président Nayib Bukele : celui-ci a instauré un régime d'exception destiné à lutter contre eux, mais décrié par des défenseurs des droits humains.

"Avec ce changement, cette renaissance que nous vivons en tant que pays (...) l'ambiance est maintenant différente, plus sereine, plus joyeuse et avec une plus grande liberté d'expression", raconte Isaac Sosa.

"Quelques années plus tard, nous avons repris les murs aux gangs", se félicite le graffeur, ému aux larmes, qui considère son art comme un "outil magique (...) de transformation sociale".

Plus de 200 fresques ont été réalisées depuis la création du festival, auquel ont participé des artistes non seulement du Salvador mais aussi de Colombie, du Mexique, du Brésil, du Pérou et d'Argentine.

Darwin Flores, graffeur de 36 ans, se souvient qu'avant l'offensive contre les gangs, lui et ses pairs ne pouvaient se permettre "le luxe" de peindre dans les "zones sensibles" sans prendre de précautions.

"Il fallait savoir exactement où on allait se trouver, avec qui on allait réaliser la fresque", raconte-t-il dans ce village aux rues pavées et aux toits recouverts de tuiles d'argile.

Il assure qu'il lui est aujourd'hui possible de se rendre dans n'importe quel quartier, y compris à La Campanera, comme il l'a fait récemment, une zone de l'agglomération de San Salvador en proie des années durant aux violences des bandes criminelles.

"Ce n'était pas si facile de peindre. Mais aujourd'hui tout est très différent", abonde Cristian Juárez, 29 ans.

Devant son oeuvre, qui représente le visage d'une enfant portant une coiffe avec des plumes, il déplore que de nombreux artistes aient été victimes des gangs et soient portés disparus : "à ce jour, nous n'avons donc toujours aucune nouvelle d'eux".

A ses côtés, Cristian Lara, un commerçant de 50 ans, remercie les organisateurs du festival d'avoir "béni" sa maison avec une fresque, alors que souffle selon lui un "vent nouveau de changement" au Salvador. "Cet art était un art secret et caché, il ne pouvait ni se développer ni se faire connaître" lorsque les gangs exerçaient leur domination.

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