Avec le film "La Bataille De Gaulle", trêve générale avant la lutte pour l'Elysée
De Jean-Luc Mélenchon à Dominique de Villepin, en passant par Bruno Retailleau ou encore Raphaël Glucksmann, les candidats à 2027 se sont récemment trouvé une passion commune : le film "La Bataille De Gaulle" et, avec lui, la figure toujours aussi tutélaire du général.
A gauche comme à droite, beaucoup voient à travers son histoire des raisons de conforter leur propre candidature.
Mardi, lors d'un meeting pour le 14-Juillet en Bretagne, le candidat Jean-Luc Mélenchon a invité ses partisans à aller voir un "magnifique film": "La Bataille de Gaulle", véritable succès populaire en deux parties d'Antonin Baudry, sorti au mois de juin, qui retrace le parcours du général pendant la Seconde Guerre mondiale.
Quelques heures plus tard, depuis la Gironde, c'est son principal adversaire à gauche pour 2027, Raphaël Glucksmann, qui a prodigué le même conseil cinématographique.
"Je vous implore d'y aller. Courez-y, allez-y. Voyez ce que coûte la liberté", a-t-il lancé lors d'une cérémonie.
L'occasion pour l'eurodéputé, souvent accusé par le reste de la gauche de faire cavalier seul, de souligner "la solitude absolue du général et de ses compagnons" au début de son aventure londonienne.
Pour Jean-Luc Mélenchon, premier partisan de la VIe République et qui veut en finir avec le régime mis en place par le général de Gaulle en 1958, la référence est a priori surprenante.
Le fondateur de LFI, né en 1951, a déjà reconnu avoir dénoncé dans sa jeunesse la "dictature" gaulliste. Mais, admet-il maintenant, cela était une erreur.
"Cet homme-là, quand il a été battu à un référendum, il est parti, tandis que tous les autres se cramponnent", saluait-il récemment en référence à la démission du général en 1969.
- "Besoin de patriotisme" -
"Nous parlons des relations de la France avec le monde de la même manière que le faisait le général de Gaulle", assurait-il également au printemps, en allusion à son "non-alignement" et à sa défiance vis-à-vis des Etats-Unis, bien documentée dans ce film dont les deux parties ont attiré, en cumulé, plus de 3,1 millions de spectateurs.
Ce diptyque a également été cité la semaine dernière par un autre candidat à la présidentielle, le patron des Républicains Bruno Retailleau, dont le bureau est décoré d'un gigantesque portrait du général.
Au journal télévisé de France 2, il a loué une oeuvre "géniale" dont le succès reflète, selon lui, "un besoin de patriotisme" dans la société.
"Dans une période de crises politique, économique et des institutions, c'est un film qui fait du bien, on en ressort avec un sentiment de fierté", note l'historien Pierre Manenti, spécialiste du gaullisme.
- "Assumer son originalité" -
Le patron du Rassemblement national Jordan Bardella avait également dit lors d'une interview son intention de voir le film au cinéma. Un retournement de l'Histoire pour un parti fondé notamment par d'anciens collaborateurs revendiquant leur antigaullisme.
Pour Dominique de Villepin, le film a un écho particulier: Antonin Baudry a été son conseiller au ministère de l'Intérieur et à Matignon.
C'est donc sans surprise qu'il en chante les louanges.
"J'ai beaucoup aimé ce De Gaulle qui surprend un certain nombre de gens mais qui montre bien qu'assumer sa différence et son originalité, le faire avec détermination, être capable de rassembler les Français, reste la seule clé dans des temps difficiles", explique le candidat putatif à l'AFP.
Le communiste Fabien Roussel compte, lui, projeter le film (qui mentionne le rôle du PCF dans la Résistance) aux écoliers de sa ville de Saint-Amand-les-Eaux (Nord) à la rentrée.
"De Gaulle a quitté le champ politique pour rentrer dans celui de l'Histoire. Il a personnifié la France. Tous ceux qui souhaitent incarner la fonction suprême veulent marcher dans ses pas : tous les partis défendent cette fierté française", analyse Pierre Manenti, selon qui l'héritage du fondateur de la Ve République est suffisamment large pour que tout le monde puisse y piocher ce qui l'intéresse.
"De Gaulle a refusé de théoriser le gaullisme, il y en a eu plusieurs formes : plutôt étatique en 1945 puis libéral en 1958", précise-t-il.
Mais les comparaisons avec la situation au sortir de la guerre font-elles réellement sens?
En petit comité, l'ancienne Première ministre Elisabeth Borne émet des doutes.
"Tous ceux qui se prennent pour De Gaulle, il faut leur dire que non en fait", balaie-t-elle. Qui serait le nouveau De Gaulle aujourd'hui? "On cherche encore", ironise-t-elle.
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© Agence France-Presse
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