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Afflux de migrants à Ceuta : ce que l'on sait

Published on août 1, 2026 at 18:48

Des soldats espagnols contrôlent des migrants qui retournent au Maroc après avoir franchi la frontière pour entrer dans l’enclave espagnole de Ceuta située sur la côte nord du Maroc, le 31 juillet 2026 — JORGE GUERRERO / AFP
Carte de Ceuta, enclave espagnole au Maghreb, où plusieurs dizaines de milliers de personnes ont traversé la frontière depuis le Maroc fin juillet 2026 — Nalini LEPETIT-CHELLA, Sabrina BLANCHARD / AFP
Des soldats espagnols contrôlent des migrants qui retournent au Maroc après avoir franchi la frontière pour entrer dans l’enclave espagnole de Ceuta située sur la côte nord du Maroc, le 31 juillet 2026 — JORGE GUERRERO / AFP

L'afflux de dizaines de milliers de migrants dans l'enclave espagnole de Ceuta sur la côte nord du Maroc, presque tous déjà repartis samedi, a fait réagir la droite européenne sur les contrôles aux frontières et soulève des questions sur l'attitude des autorités marocaines.

Voici ce que l'on sait de cette crise :

Le nombre des migrants entrés illégalement à Ceuta est considérable au regard de la population de l'enclave, qui compte 84.000 habitants.

Quelque 60.000 migrants sont arrivés en l'espace de deux ou trois jours, selon une estimation du président du gouvernement local, Juan Jesus Vivas. Le ministère espagnol de l'Intérieur fait quant à lui état de 50.000 personnes. 

Environ 200 migrants arrivaient "chaque minute", a affirmé Ignacio Cembrero, un journaliste spécialisé dans les questions migratoires en Afrique du Nord.

Presque tous ces migrants avaient quitté samedi Ceuta, a toutefois affirmé samedi le ministre espagnol de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska, dépêché d'urgence sur place. "La situation est presque entièrement inversée", s'est-il exclamé.

Au moins 67 migrants sont morts - beaucoup se sont noyés - en essayant de pénétrer sur ce territoire, a dit ce ministre.

Ces arrivées massives dépassent largement par leur ampleur celles de mai 2021, lorsqu'environ 12.000 migrants avaient afflué à Ceuta en quelques jours, selon l'Observatoire de Ceuta et Melilla, qui constituent les deux seules frontières terrestres de l'Europe en Afrique.

Selon Ignacio Cembrero, il semble que, depuis mercredi, les forces de sécurité marocaines "restent les bras croisés".

"Pour atteindre la digue qui marque la frontière entre Ceuta et le Maroc, il y a des cordons de police et de forces auxiliaires et il est évident qu'on les a laissés passer. Sinon, cela ne se serait pas produit", a-t-il expliqué.

Carlos Echeverria, le directeur de l'Observatoire de Ceuta et Melilla, a estimé que l'usage du terme controversé d'"invasion" pouvait se justifier, dans la mesure où "des milliers de personnes franchissent illégalement une frontière internationale en exerçant une pression sur un pays voisin".

L'Association marocaine des droits humains (AMDH) a appelé samedi à l'ouverture d'une enquête indépendante afin de faire "toute la lumière" sur les causes de cet afflux de migrants.

Selon les experts interrogés par l'AFP, plusieurs explications sont possibles.

L'une d'elles tient à une décision rendue le 8 juillet par la Cour suprême espagnole, selon laquelle le renvoi immédiat d'un migrant sans ouverture préalable d'une procédure administrative d'expulsion ne s'applique pas aux personnes arrivées par voie maritime.

"Il ne fait aucun doute que l'arrêt du 8 juillet (…) a joué un rôle. Mais cela n'explique pas l'ampleur de la mobilisation, qui est très importante", a soulevé M. Cembrero.

Cette arrivée massive pourrait également avoir été favorisée par la récente décision du gouvernement espagnol de régulariser des personnes entrées illégalement en Espagne ou par la perspective d'un éventuel changement de majorité au pouvoir au profit d'un exécutif plus ferme sur l'immigration.

Mais ces deux hypothèses restent difficiles à confirmer, ont souligné les analystes.

"Le plus important, le contexte, c'est ce chantage permanent" exercé par le Maroc, a jugé M. Echeverria.

Selon plusieurs analystes, les crises migratoires à répétition et le supposé laxisme des forces de sécurité marocaines constituent des moyens de pression diplomatique.

Le Maroc revendique la souveraineté sur Ceuta et Melilla depuis son indépendance en 1956, tandis que l'Espagne refuse catégoriquement toute négociation sur l'avenir de ces deux enclaves.

Pour Ignacio Cembrero, "les autorités marocaines y ont vu une occasion de forcer l'Espagne à négocier l’avenir de ces villes".

Non. Des responsables espagnols ont souligné que, conformément à la réglementation de l'espace Schengen, les deux enclaves espagnoles de Ceuta et de Melilla sont dotées de procédures spécifiques de contrôle aux frontières pour quiconque se rend sur le continent européen, par les airs ou les mers.

L'entrée irrégulière à Ceuta ne confère pas le droit de rester en Espagne, ni de gagner la péninsule, ni de voyager librement en Europe, ajoutent-ils.

Aucune des personnes entrées dans ce petit territoire de façon irrégulière ne l'a quitté pour le continent européen, ni n'aurait été en mesure de le faire, selon ces responsables.

"Aucune personne n'a atteint l'Espagne continentale ou le reste de l'UE" après être parvenue ces derniers jours à Ceuta, a aussi affirmé la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

En réponse à cette crise et à ses images choc dont la droite et l'extrême droite européennes se sont immédiatement saisies pour mettre en doute l'efficacité des contrôles aux frontières, l'Italie a annoncé vendredi ne plus appliquer, provisoirement, les règles de l'espace Schengen vis-à-vis de l'Espagne.

Une décision jugée "démagogique" par Madrid, et dont la portée demeure encore incertaine, les juristes consultés par l'AFP assurant qu'il est impossible de l'appliquer dans le cadre légal actuel.

Côté français, Emmanuel Macron a réaffirmé "sa solidarité" à l'Espagne, tout comme le Royaume-Unis, se disant tous deux prêts à aider Madrid.

Paris a toutefois annoncé dans la foulée multiplier par cinq le nombre des policiers et des gendarmes samedi à la frontière franco-espagnole, portant leur nombre à 334.

Une mesure suivie de près par le Portugal, le Premier ministre Luis Monténégro ayant fait état vendredi d'un renforcement du contrôle aux frontières terrestres et maritimes dans le sud de son pays.

Face à cette situation, les ministres de l'Intérieur des pays de l'UE échangeront mardi en visioconférence.

Par missives interposées, l'Espagne, puis un groupe de 22 Etats, dont l'Italie, l'Allemagne et le Danemark, avaient tour à tour réclamé cette réunion.

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